jeudi 28 juin 2012

Casse toi métèque ...

Ainsi les nuages, le vent, le froid, le feu sont-ils autant d'atouts que le jardinier peut interpréter comme des outils du jardinage planétaire. Très vite il devient évident que l'ensemble des paramètres qui déterminent une biocénose en un lieu donné doivent être regardés comme alliés. Un observateur débarrassé de la névrose « tout green-tout golf» pour son joli gazon acceptera le labour de la taupe, propice à faire germer des espèces qui, sans cette ouverture du sol, resteraient à jamais à l'état d'invisibles semences. Toutes les expériences connues du jardinage planétaire ne se regroupent pas sous une même rubrique. On peut établir une typologie des actions engagées en se référant constamment au fait que le jardinier invoque le ciel, il ne le soumet pas. Il s'agit toujours d'un travail de collaboration avec la nature.
 Un travail que l'on peut décliner en neuf temps :
  1. Ne pas blesser la terre
  2. Accueillir les alliés du jardinier
  3. Favoriser l'échange entre les êtres vivants
  4. Savoir ménager l'eau
  5. Construire la maison de l'homme
  6. Sauvegarder l'enclos du jardinier
  7. Soigner la terre
  8. Donner sa part à ta nature
  9. Produire sans épuiser
(Gilles Clément, Le jardin Planétaire, 1999)
Lis des steppes et Lis orange - Pavot bleu de l'Himalaya et Euphorbe des bois
(Gilles Clément Le jardin en mouvement 1994)

Je voudrais attirer l’attention sur une politique qui se répand de plus en plus : le remplacement de végétaux exotiques par des végétaux indigènes, sous prétexte que certains végétaux exogènes sont invasifs. Il y a quelques temps, un paysagiste proposait lors d’une restauration de jardin ancien, la création d’une "forêt idéale". Le paysagiste organisait la plantation de la "forêt idéale" par l’implantation progressive "de plantes indigènes" caractéristiques des forêts de "chênes de la région", recréant "une chênaie idéale ne nécessitant ni arrosage ni fertilisation chimique" Les arbres remplacés par des chênes étaient des marronniers ... le jardin a été créé au XIXe siècle par le paysagiste Eugène Bülher qui utilisait principalement des plantes exotiques. On remarquera un repli régionaliste (les plantes de chez nous) doublé d’une affirmation fallacieuse (ne nécessitant ni arrosage ni fertilisation chimique). Ce projet nous dit en fait : " les plantes de chez nous sont préférables aux plantes étrangères qui elles nécessitent arrosage et fertilisation chimique" j'exagère ? je ne crois pas ... Depuis quand est-il nécessaire de fertiliser les marronniers ? ... Sous prétexte de développement durable, la composition est altérée. Au-delà du discours débile et quasi-xénophobe, cela dénote une totale ignorance de la composition initiale du jardin, de l’esprit du jardin mais en même temps une négation de l'ensemble de l'histoire des jardins qui comprend le voyage des plantes et l’acclimatation des végétaux. Bref! il y a appauvrissement de la composition et de toute la philosophie du jardin ...

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