lundi 30 avril 2012

L'alignement de Courances ...

J'ai restauré le parc en étant, je crois, fidèle aux grandes lignes du passé. Mais on a très peu de plans montrant de manière précise le dessin d'antan et j'avoue que je n'ai pas cherché à m'en inspirer.
(Jean-Louis de Ganay, Courances,2003)

Le canal de Courances et les alignements de peupliers
Après abattage des peupliers


Ce jour la, j'ai eu la chance de m'entretenir avec Jean-Louis de Ganay, propriétaire et magnifique restaurateur du parc de Courances. Il souhaitait abattre les peupliers composant l’alignement le long du canal. La discussion portait sur le choix des innombrables essences possibles à replanter. Le maitre des lieux m'expliqua pourquoi il avait planté ces peupliers aussi serrés. 
-Le peuplier pousse vite, après guerre, cet espace était ruiné, j'étais pressé de reconstruire. Je les ai plantés très serré pour qu'ils poussent droit et vite.
Mais pourquoi voulez vous replanter la même espèce ?
-Pour le feuillage et pour le tronc. Je veux un arbre léger, au tronc et au feuillage clair, cet arbre laisse passer admirablement la lumière. Les houppiers ne doivent pas se rejoindre au dessus de cet immense canal et le ciel sera visible. Je ne veux pas de sombre. Je veux de la lumière, voir le ciel se refléter dans le canal. Si je mets du Hêtre, du Charme, ou du Platane je n'aurais pas cet effet là.
Mais le peuplier sera à maturité dans 40 ans.
-Tant mieux, avec de la chance, je les verrai peut être ... je les abattrai à nouveau, la vente financera la replantation.
En dehors de l’analyse sensible du lieu qui mérite au moins un chapitre, Jean-Louis de Ganay nous apporte ici une belle leçon de gestion d'alignement. L’espace est considéré dans son ensemble – canal, eau, ciel, arbres, vides pleins …L’alignement est une composition, une unité qui ne peut être altérée, qui ne peut être séparée de l’ensemble. Jean-Louis de Ganay nous rappelle ici que l’alignement n’est pas éternel, il vit et meurt. Quand l’alignement meurt, les arbres qui le composent sont entrainés dans sa fin. Jean-Louis de Ganay ajoute la notion de cycle et d’économie. L’espace s’auto-financerait … la composition elle, devient éternelle en quelque sorte…

(Je n'ai pas malheureusement pas noté par écrit les mots exacts de Jean-Louis de Ganay, mais je ne pense pas ici trahir sa pensée)

vendredi 27 avril 2012

Massacre en rideau suite ...


Les formes carrées sont les plus pratiquées au jardin, soit du carré parfait, ou de l’oblong, bien qu’en ceux-ci il y ait grande différence. Mais en eux se trouvent les lignes droites, qui rendent les allées longues et belles, et leur donnent une plaisante perspective : car sur leur longueur la force de la vue déclinant, rend les choses les plus petites tendantes à un point, qui les fait trouver plus agréables. Mais je ne suis pas d’avis, que s’arrêtant du tout ces lignes droites, quelque beauté qu’elles aient, nous entremêlions aussi les rondes, et courbes ; et parmi les carrés, des obliques, afin de trouver la variété que la nature demande, laquelle ont sagement compris les plus savant en pourtraiture, qui ont toujours varié leurs ouvrages de formes différentes, mêlant de rondes avec des carrées, en s’entrecoupant les ligne qui s’ennuient par trop de longueur.
(Jacques Boyceau de la Bareaudière ; Traité du jardinage selon les raison de la nature et de l’art, 1638)

Alignement en port libre puis en rideau à Saint-Cloud
Photographies Eugène Atget(1919) et Daniel Quesney(1995)
publiées dans l'excellent livre Mirroirs - 2001- ARP Editions


Je vous laisse décortiquer le texte de Jacques Boyceau de la Bareaudière ... en attendant revenons sur Saint-Cloud. La transformation de l'alignement de marronniers en rideau à perturbé radicalement l'espace ... on m'a souvent donné comme explication la suivante ... Avant (???) les arbres étaient toujours taillés en rideau, mais avec le manque de jardinier, le coût de la main d'œuvre augmentant, cette architecture en rideau fût abandonnée ... c'est pourquoi, après guerre, (la dernière) l'économie florissante permettait un retour à ces formes ... Et la main de ma sœur dans la culotte d'un zouave Soudanais ? Si je peux me permettre cette expression, entre nous, incroyable ... Cette explication ne tient pas... on voit déjà très bien que sur la photo, l'arbre en port libre a toujours été en port libre ...il n’y a aucune réitération visible. Par ailleurs, il suffit de regarder les iconographies du XVIIe et du XVIIIe siècle, les arbres sont toujours représentés en port libre ... les quelques exceptions ne changent pas la règle ... Cette transformation en rideau peut elle être considérée comme une évolution ? J’entends par là, une évolution créatrice. Malheureusement non ! A Saint-Cloud, comme dans beaucoup de jardin, cette sale manie n'est qu'une une restitution basée sur des diagnostics erronés, les proportions ne sont plus respectées, il y a une dissociation des espaces. l'arbre est réduit, il est écarté de la composition. Ne voyez pas en moi un nostalgique du genre "avant on savait faire", loin de là ... Une restitution n'est pas un geste contemporain comme certains le prétendent. La restitution est une contre évolution. Je pense fermement que l'évolution paysagère d'un jardin est la seule issue pour le conserver ... l'évolution paysagère d'un jardin c'est durable ...  Ici à Saint-Cloud nous cumulons tout ce que je rejette .... Restitution erronée d'un espace incompris, intervention à tout prix, absence de création, pauvreté des compétences jardinières, propreté ... Gilles Clément dit " Savoir ne pas faire" qu'est-ce qu'on attend pour l'écouter? ... à suivre









Parc de la Légion d'Honneur (93)
Forme assez caractéristique d'arbres subissant un abandon de tonte
Noter les réitérations



mercredi 25 avril 2012

Planter un alignement ...

L'expérience enseigne que tous les jardins sont beaux, pourvu que les plantes y soient heureuses ...
(Umberto Pasti, JARDINS - Les vrais et les autres, 2010)

Alignement ...
Planter un alignement n'est pas une mince affaire ... on en prend pour deux cents ans minimum... avoir des enfants c'est pipi de chat à coté ... que de soucis, que de calcul, que de kilomètres parcourus ... et tout ça pour les enfants cités plus haut ...? En fait non! la magie de l'alignement ? ça marche tout de suite ... enfin ça marche tout de suite si l'on respecte certains trucs ... un des premiers à respecter est le choix du jardinier qui va s'en occuper parce que si on veut qu'ils vivent vieux et heureux ces arbres il faut s'en occuper jeunes et pas le contraire ... à suivre

mardi 24 avril 2012

Massacre en rideau ...





Aujourd'hui, c'est la centième page publiée de ce blog... Ouf ! Et, je m'aperçois, à ma grande honte, que je n'ai pas encore cité René Pechère ... je répare ...


Mon regard a été l'outil de travail ... 
René Pechère



Taille en rideau à Champs-sur-Marne
Alignement en port libre puis en rideau à Saint-Cloud
Photographies Eugène Atget et Daniel Quesney
publiées dans l'excellent livre Mirroirs - 2001- ARP Editions
 Il ne faut pas confondre taille en rideau et massacre en rideau ... entre les deux il y a le mot "Proportion" A champs, le génial Achille Duchêne retravaille le jardin dans un style régulier bien personnel... il introduit dans le paysage des alignements taillés en rideau ou en Marquise. L'ensemble (le jardin, les alignements etc.) est harmonieux, proportionné. Mais que s'est-il passé à Saint-Cloud... une sale manie arrive dans les années1950 et est toujours très présente : réduire des alignements en port libre vers une taille en rideau. Le résultat crée TOUJOURS un mauvais effet, une perte d'harmonie, de proportion. Quand je dis "massacre" le terme peut paraitre fort .... Mais ces interventions irréfléchies appauvrissent la composition des jardins, c'est une incompréhension du rôle paysager de l'alignement, c'est une erreur de méthode : faire passer la technique avant le paysage. Enfin, c'est une ruine pour le propriétaire privé ou public créant ainsi une rente à vie à nos amis élagueurs... 
A suivre ...

lundi 23 avril 2012

Dés-harmonie ...

Tintin m'a souvent parlé de vos tableaux où la grâce des lignes s'allie à la hardiesse des coloris.
(Hergé, Professeur Tournesol à la Castafiore, Les Bijoux de la Castafiore, 1963)


Dés-harmonie

Je vous avais, il y a quelques temps, parlé d’harmonie pour les alignements … je n’ai pas l’habitude ici de montrer des choses ratées, des compositions sans intérêt …  mais l’harmonie a, bizarrement, des détracteurs … Cette allée affichée est particulièrement dés-harmonieuse, dés-équilibrée, dé-proportionnée … bref ! C’est laid !… La raison principale ? traiter les arbres comme une somme d’individu au lieu de traiter l’alignement comme un individu, une composition, un monument … on parle souvent de "dialogue" dans l’art … dans les jardins aussi … ici nous avons la malchance d’être en présence d’un véritable dialogue de sourds … 

Harmonie, Parc de Versailles




vendredi 20 avril 2012

Mais que sont-ils devenus ? ... Les jardins de Blair


Pendant les vacances de Pâques, un petit tour par les Cahiers de Lerouge ... que sont devenus les jardins anglo-chinois ... ? 


                   Les jardins de Blair au temps de Lerouge et au temps de Google Earth


jeudi 19 avril 2012

Mais que sont-ils devenus ? ...Les jardins de Schwetzingen


Pendant les vacances de Pâques, un petit tour par les Cahiers de Lerouge ... que sont devenus les jardins anglo-chinois ... ?

Les jardins de Schwetzingen au temps de Lerouge et au temps de Google Earth

mercredi 18 avril 2012

Mais que sont-ils devenus ? ... le Désert de Retz

Pendant les vacances de Pâques, un petit tour par les Cahiers de Lerouge ... que sont devenus les jardins anglo-chinois ... ?

mardi 17 avril 2012

Mais que sont-ils devenus ? ... Hôtel de la Rochefoucauld

Pendant les vacances de Pâques, un petit tour par les Cahiers de Lerouge ... que sont devenus les jardins anglo-chinois ... ?

Hôtel de la Rochefoucauld (à Paris) au temps de Lerouge et au temps de Google Earth





lundi 16 avril 2012

Mais que sont-ils devenus ? ... Chiswick House

Pendant les vacances de Pâques, un petit tour par les Cahiers de Lerouge ... que sont devenus les jardins anglo-chinois ... ?


Chiswick au temps de Lerouge et au temps de Google Earth

vendredi 13 avril 2012

Les bouffeurs de mollets ...

Boom boom boom boom
I'm gonna shoot you right down,
Right offa your feet ...
 (John Lee Hooker, boom boom, 1962) 
Un cygne en Lorraine
Un cochon chinois en Provence
Je vous entends d'ici, c'est sympathique son métier, visiter des jardins, prendre des photos, consulter des plans anciens, discuter avec les jardiniers, les paysagistes, les propriétaires ... en effet, vu sous cet angle c'est sympa et très intéressant … mais parfois, c’est un métier dangereux … la preuve en images de deux bouffeurs de mollets sévissant dans les parcs … le cygne, je me souviens quand il a chargé ! Très bien même… A ma grande honte, je me suis caché derrière la propriétaire qui me disait « prenez garde il est mauvais …tu parles qu’il est mauvais ! Mauvais et rapide en plus … Le cochon, nous sommes en compte, j’aurai sa peau … il m’a mordu sournoisement, par derrière sans prévenir le traitre il a également déchiré mon pantalon … Bref ! faites attention, je vous aurai prévenu … les jardins c'est sans foi ni loi ... parfois.

jeudi 12 avril 2012

Altera Natura ...

J'ai vu, je m'en souviens, un vieillard fortuné,
Possesseur d'un terrain longtemps abandonné :
C'était un sol ingrat, rebelle à la culture, 
Qui n'offrait aux troupeaux qu'une aride verdure,
Ennemi des raisins et funeste aux moissons.
Toutefois, en ces lieux hérissés de buissons,
Un parterre de fleurs, quelques plantes heureuses
Qu'élevaient avec soin ses mains laborieuses,
Un jardin, un verger, dociles à ses lois
Lui donnait le bonheur qui s'enfuit loin des rois.

(Virgile, Géorgiques, 28 avant J.-C.)


mercredi 11 avril 2012

Flore ... l'outil

De grâce, ne soyons pas en tant que botanistes, des destructeurs. Ne traitons pas la plante rare en simple objet de collection et ne l'exterminons pas dans ses stations pour satisfaire une simple passion tournée à la manie. Détruire ce qu'on aime est une assez mauvaise façon d'aimer. 
(Paul Fournier, Les quatre flores de France, 1947)


(Extrait de la Flore Complète portative de la France de la Suisse et de la Belgique,1988)



La flore ça c’est une bonne idée ! Les jardiniers qui connaissent par cœur les végétaux, ceux qui vous testent Mauvaisement en vous disant "il la connait la plante ??? " m’ont toujours exaspéré. Apprendre par cœur les végétaux ne sert strictement à rien. Il faut savoir les reconnaitre. Et pour ça,  il y a un outil magnifique, par la somme de travail qu’il représente, c’est la Flore… je vous ai affiché mes deux préférées. Bien sûr ce n’est pas facile, ça demande un peu (même beaucoup) de travail. Au début  c’est même rebutant… un conseil : prenez une plante que vous connaissez déjà et essayez de la déterminer à l’aide d’une flore … c’est un très bon exercice ... moi, la première fois, j’ai mis deux heures pour déterminer une immortelle. Cet exercice est une révision ou un apprentissage de toute la botanique. Et la botanique vous fait observer la plante, vous fait pénétrer dans la plante… Au bout d’un certain temps vous reconnaitrez les familles directement sans être obligé de passer par un fastidieux par cœur  sans lendemain. Les familles ? oui très important les familles, elles sont la porte d’entrée obligatoire vers ce monde… Il existe d’autres méthodes, des raccourcis soit disant plus faciles mais toujours incomplets … TOUJOURS!  Pourquoi ne se contenter que d’un à peu près …  alors qu'avec une flore, c'est tout le monde végétal qui est à vous ... 

mardi 10 avril 2012

Renouer avec l'Aucuba japonica ...

Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge.

(Pablo Picasso, cité par Paul Eluard dans Donner A Voir, 1939)

Aucuba japonica à la Villa Carlotta, Italie

Imaginez tout un vallon planté d'Aucuba ... Beurk! me direz-vous ... et pourtant à la Villa Carlotta, sur les bords du lac de Côme, le résultat est surprenant. Comme quoi les plantes, on en fait toute une affaire mais il suffit de bien les utiliser ... Je n'ai pas encore parlé des végétaux dans ce blog, j'en parlerai ... mais pas beaucoup. Non pas parce que je ne les aime pas, loin de là ... je dirais que ce n'est pas le sujet principal du jardin ...

vendredi 6 avril 2012

Autre jardin ...






J'ai voyagé au pays de Yan jusqu'à Chu et, parvenu à l'âge mûr, je suis retourné au pays de Wu. J'ai choisi de demeurer à Runzhou. Tout autour de Run étaient de magnifiques montagnes et rivières, où les amateurs ramassaient de belles pierres, afin de les disposer au milieu des bambous et des arbres et dresser des montagnes artificielles.

(Ji Cheng, Yuanye, Le Traité Du Jardin, 1634)






Cette exposition d’envergure internationale enrichie de prêts exceptionnels provenant de Chine et des Etats-Unis, a pour objectif de rendre accessible au public le goût des lettrés chinois pour les rochers en le confrontant à une trentaine de ces pierres pluri-millénaires choisies et chéries par des générations de lettrés. ... lire la suite sur le site du musée Guimet  et allez y faire un tour ... 






Au passage, allez saluer mon ami le chamelier ...



Caravanier sur un chameau, milieu du 7ème siècle


et puis voir les photos ... celles du Japon 


Stillfried & Andersen, Femme en costume d'hiver, Yokohama, vers 1880
Stillfried & Andersen, Route du Tokaido reliant Edo et Kyôto  vers 1880

Et les sculptures sur bois ... 

Portrait présumé de Toki Yorisada, gouverneur militaire, Époque Edo (1603-1868)

jeudi 5 avril 2012

Unité ...


L’unité d’essence dans les plantations rectilignes est une garantie d’harmonie et de bonne végétation. Les plus belles avenues sont composées d’une seule espèce d’arbres. Ainsi, les masses homogènes des marronniers des Tuileries font un cadre magnifique à l’allée du milieu, tandis que les essences variées de l’avenue et les arbres inégaux des Champs-Elysées détruisent toute idée de grandeur.

(Édouard André, Traité général de la composition des parcs et jardins, 1879)


Alignement de cèdres sur la route d'Imaichi, Japon

Détail de clos masure (hêtre) à Bailleul



L'inégalable parc de Courances

Il a bien raison Edouard André, comme toujours ... l'unité d'essence, de forme, est une garantie d'harmonie. J'aime aussi la densité, j'aime ces alignements très serrés aux allures de mur d'écorce ... Mes amis arboristes conseillent d'écarter les espaces entre les arbres ... l'arbre se développerait mieux ... je-n'y-crois-pas-du-tout... et c'est un peu hors sujet ...

mercredi 4 avril 2012

Par Sainte Cécile Pardonne-nous ...

En cet asile 
Par sainte Cécile 
Pardonne-nous 
De n'avoir pas 
Su faire cas 
De ton biniou
(Georges Brassens, Le Vieux Léon,1958)


Jardin du Luxembourg, Paris, 16h35


Un jour comme aujourd'hui, on se réveille et on se demande de quoi on va bien pouvoir  parler. Et la, après un café bien serré, éclair de génie, j'ai trouvé!!! Comme pour un thème de rendez-vous aux jardins ! je vais parler de "La Musique aux jardins"... Alors !  La musique aux jardins? Alors, alors ... nous avons Lully… Lully … Lully ??? Les grandes eaux de Versailles ça compte ??? Pas facile ce truc...
Oui ! Je me souviens d’un concert ... le dernier de Miles Davis dans le parc de la Villette à Paris … j’y étais …  c’était quelque chose … A vrai dire, la musique je la préfère quand on est à l’intérieur, parce qu’un concert dans un jardin, j’ai du mal à écouter, je me surprends à regarder les arbres … "Tiens, il  y a une branche qui va nous tomber dessus"… et les grands concerts de rock dans les jardins... je m'arrache les cheveux... "les allées! Les banquettes! les bordures! ils sont fous!" ... Enfin, je trouve que pour écouter un Tom Waits ou le regretté JJ Johnson, la fumée des cigarettes et les vapeurs d'alcool c'est bien mieux que la brume du soir et l’humidité qui vous tombent sur les épaules … Bref !! Etrangement, je trouve que le jardin et la musique ensemble ce n’est pas terrible. En revanche il y a des sons dans un jardin. J'aime celui créé par le râteau du jardinier ...Ça swingue lentement mais ça swingue. Il y a un autre son et celui là, il a la force du Rock, il est un remède au Blues et parfois ça pète comme le New Orleans ... réflexion faite, il y a bien une musique que j’aime dans les jardins ... le soir vers quatre heures et demie …il faut absolument aller l'écouter …  les rires et les cris des enfants …

mardi 3 avril 2012

Outil : le crayon de couleur ...




Le cadastre napoléonien, il faut le colorier... c'est magique ! en un seul coup de crayon, vous  comprenez que ce n'est pas du coloriage … c'est à la fois de la recherche historique, de l'analyse paysagère historique et de la composition ...Vous faites ressortir le jardin, vous comprenez le paysage, les usages ... tout s'éclaire … ou presque ...

lundi 2 avril 2012

Avril ...

Avril, c'est le vrai mois béni du jardinier. Que les amoureux aillent dans les bois magnifier le mois de mai; en mai, les arbres et les plantes ne font que fleurir, tandis qu'en avril, ils poussent. Sachez que cette germination et ce bourgeonnement, ces boutons, ces bourgeons et ces germes sont la plus grande merveille de la nature et je ne vous en révélerai plus un seul mot; accroupissez-vous vous-mêmes et creusez du doigt la terre meuble, en retenant votre souffle, car votre doigt touche un germe fragile et plein de promesses. Cela ne se peut décrire, pas plus qu'un baiser et un petit nombre d'autres choses.
Mais, puisque nous en sommes à ce germe fragile, personne ne sait comment cela se fait, mais la chose suivante arrive très fréquemment quand vous mettez le pied dans une plate-bande pour en ôter une branche sèche ou pour arracher un vilain pissenlit, il n'est pas rare que vous marchiez sur un germe de lis encore enterré; vous entendez un craquement sous votre pied et vous vous raidissez d'horreur et de honte ; à ce moment-là, vous vous considérez comme un monstre sous la trace des sabots de qui l'herbe ne repousse plus. Ou bien, vous êtes en train de rafraîchir avec une infinie précaution le sol d'une plate-bande : vous pouvez être sûr que vous allez couper d'un coup de pioche un oignon en germination ou trancher avec votre bêche des germes d'anémone: et comme, saisi d'horreur, vous reculez, votre patte écrase une primevère en fleurs ou brise un jeune rameau de « pied d'alouette ». Plus grands sont les scrupules et la prudence avec lesquels vous travaillez, plus vous commettez de dégâts; il vous faudra des années d'expérience pour acquérir la sûreté mystérieuse et brutale du véritable jardinier qui met le pied n'importe où et qui cependant n'écrase rien ou, s'il écrase quelque chose, ne s'en soucie pas du tout. Ceci est une parenthèse.
Avril n'est pas seulement le mois de la germination; il est aussi le mois des plantations. Avec enthousiasme, avec un enthousiasme forcené et impatient, vous avez commandé chez les jardiniers des plants sans lesquels il vous est impossible de vivre plus longtemps; vous avez promis à tous vos amis jardiniers d'aller chez eux quérir des boutures; jamais vous n'en avez assez. Et c'est ainsi qu'un beau jour vous vous trouvez avoir chez vous quelques cent soixante-dix plants, qui demandent à être mis en terre. A ce moment, vous regardez autour de vous dans votre jardin et vous acquérez la désolante certitude que vous n'avez pas de place pour les loger 
Ainsi donc le jardinier, en avril, est un homme qui, un plant à demi desséché à la main, fait vingt fois le tour de son jardin pour chercher un coin de terre où il n'y ait encore rien de planté. « Non, ici, ça ne va pas, gronde-t-il à voix basse, c'est ici que j'ai mis ces bougres de chrysanthèmes; là, ça m'étoufferait mon phlox, et là, il y a aussi quelque plante, que le diable l'emporte. Hem, ici poussent des campanules et là, il n'y a pas de place non plus -où vais-je bien pouvoir le mettre? Ah, voyons, ici -non, il y a déjà de l'aconit; ou bien là - mais il y a aussi quelque chose. Voilà une place qui serait bonne, mais c'est tout rempli de tradeskanties et là qu'est-ce que c'est qui pousse là? Je voudrais bien le savoir. Ah, voilà une petite place; attends, ma bouture, je vais faire ton lit. Là, tu vois; et maintenant, adieu; pousse de ton mieux. » Très bien; mais deux jours après, le jardinier s'aperçoit qu'il a planté sa bouture au beau milieu des tiges écarlates de l'œnothère. 
L'homme jardinier est indubitablement un produit de la civilisation et pas du tout de l'évolution naturelle. S'il avait été produit par la nature, il serait fait tout différemment; il aurait des jambes de scarabée afin de n'être point obligé de s'asseoir à croupetons et il aurait des ailes, d'abord parce que c'est plus joli et, en second lieu, pour pouvoir s'élever au-dessus de ses plates-bandes. Quiconque n'en a pas fait l'épreuve ne peut se faire une idée de l'embarras que constituent les jambes pour un homme qui ne sait où les poser; il ne peut s'imaginer comme elles sont inutilement longues quand il faut les plier au-dessous de soi pour creuser la terre avec les doigts, et comme elles sont ridiculement courtes lorsqu'on a besoin d'atteindre l'autre côté d'une plate-bande sans écraser un tapis de pyrèthre. Ou être suspendu à une sangle et se balancer au-dessus de ses cultures, ou du moins avoir quatre mains avec, au-dessus, une tête coiffée d'une casquette et rien de plus, ou bien avoir des membres extensibles à volonté, comme un pied d'appareil photographique! Mais, étant donné que le jardinier est, extérieurement, conditionné de façon aussi imparfaite que tout le monde, il ne lui reste qu'à montrer ce dont il est capable, comme se balancer Sur la pointe d'un seul pied, s'élever dans les airs à l'instar d'une ballerine d'opéra impérial, s'écarteler en largeur sur quatre mètres, se poser aussi délicatement qu'un papillon ou un hochequeue, faire tenir son corps dans un pouce carré de terrain, se. maintenir en équilibre dans des conditions contraires à toutes les lois qui régissent les corps penchés, atteindre partout et s'écarter de tout; et, par-dessus tout cela, conserver, ce faisant, une certaine dignité pour que les gens ne se moquent pas de lui. Il va de soi qu'au premier coup d’œil vous ne voyez du jardinier autre chose que son derrière : tout le reste, tête, mains et pieds, se trouve au-dessous. 
« Je vous remercie, il y en aura bientôt une foule, les narcisses, les jacinthes, les violettes, les ombilics, les saxifrages, les arabis, les hutchinsias, les primevères et les bruyères printanière! et tout ce qui va pousser demain ou après demain... vous verrez ça. » Bien entendu, n'importe qui est capable de voir. « Mon Dieu, la jolie fleur », dira un profane, à quoi le jardinier, sur un ton légèrement offensé, répondra: « Vous voyez bien que c'est une Pétrocallis pyrenaica. » Car le jardinier a un faible pour les noms; une fleur sans nom est, pour parler à la façon de Platon, une fleur qui n'a pas « d'idée » métaphysique; bref elle n'a pas de réalité pleine et véritable. Une fleur sans nom n'est que de la mauvaise herbe; une fleur dotée d'un nom latin est en quelque sorte promue à l'état de spécialité. S'il pousse une ortie dans une de vos plates-bandes, vous lui appliquez le nom de « Urtica dioica » et vous commencez à lui attribuer de la valeur et même vous piochez le sol autour d'elle et vous le fumez avec du salpêtre du Chili. Quand vous parlez avec un jardinier, demandez-lui toujours :«Comment s'appelle cette rose ?- C'est la Burmeegter van Tholle », vous répondra le jardinier tout réjoui. «Et celle-là c'est la Mme Claire Mordier » et, ce disant, il pense que vous êtes un homme poli et bien élevé. Mais ne hasardez pas des noms vous-même; ne dites pas par exemple: « Vous avez un joli Arabis », parce que le jardinier peut se mettre à tonner contre vous: « Allons donc, vous ne voyez pas que c'est une « Schievereckia Bornmülleri »? A vrai dire, c'est presque la même chose, mais les noms sont les noms, et nous autres jardiniers, nous tenons à ce qu'on dise les noms exacts. C'est pourquoi nous n'aimons pas les enfants ni les merles, parce qu'ils nous enlèvent nos étiquettes et les mélangent, et c'est ainsi qu'il nous arrive de dire avec étonnement:« Voyons, voilà un cytise qui pousse tout à fait comme un edelweiss - c'est peut-être une variété locale; et c'est certainement un cytise, car il a à côté de lui l'étiquette que j'ai placée moi-même. »


(Karel Čapek, L’année du jardinier, 1929)