mardi 29 mai 2012

Palissades ...


Le fameux Le Nôtre, qui fleurissait au dernier siècle, acheva de massacrer la Nature en assujettissant tout au compas de l'Architecte; il ne fallut pas d'autre esprit que celui de tirer des lignes et d'étendre le long d'une règle celles des croisées du bâtiment; aussitôt la plantation suivit le cordeau de la froide symétrie ; le terrain fut aplati à grands frais par le niveau de la monotone planimétrie ; les arbres furent mutilés de toute manière, les eaux furent enfermées entre quatre murailles; la vue fut emprisonnée par de tristes massifs; et l'aspect de la maison fut circonscrit dans un plat parterre découpé comme un échiquier, où le bariolage de sables de toutes couleurs ne faisait qu'éblouir et fatiguer les yeux : aussi la porte la plus voisine pour sortir de ce triste lieu fut-elle bientôt le chemin le plus fréquenté. 
On n'avait point un parc pour s'y promener, et l'on s'entourait à grands frais d'une enceinte d'ennui; on le séparait, par un obstacle intermédiaire, de la Campagne; tandis que par un instinct secret, on s'empressait d'aller la chercher, quelque brute qu'elle pût être, de préférence à toutes les allées bien droites, bien ratissées et bien ennuyeuses.

(René-Louis de Girardin, De la composition des paysages, ou des moyens d’embellir la nature autour des habitations  en joignant l’agréable à l’utile. 1775)

Carrefours des Allées des Saisons :  La Fontaine de Flore.

Il n'y va pas de main morte notre ami René-Louis ... Pour ma part, je rejoindrai le grand Edouard André qui, cent ans plus tard, dénonçait bien sûr ces exagérations ... Cela dit, si Girardin ne connaissait les palissades qu’au travers des gravures représentant les jardins de Versailles, il y a, en effet, de quoi être effrayé ...  Pour avoir souvent parcouru le jardin de Cordès où les palissades sont probablement parmi les plus incroyables, je ne ressens pas l'ennui, bien au contraire ... Dominique Pinon, paysagiste, qui a merveilleusement étudié les jardins de Cordès parle de "jardin de déambulation". On déambule à Cordès, on se perd dans un dédale de palissades hautes de huit mètres, le rapport à l'extérieur est perdu, celui de l'échelle également ... et ne comptez  pas sur la bande de ciel bleu  pour vous indiquer le Nord ...  Le promeneur est perdu ... perdu à jamais dans ses pensées ...  intérieures ... 

Palissades de Cordès
Palissades de Cordès de la cour d'honneur vers l'entrée ... en fait ce ne sont pas des Charmilles mais des Hêtrilles ...


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