lundi 14 janvier 2013

L'âge des arbres ...

Pour analyser les plantations d'origine, il est nécessaire de « trier le bon grain de l'ivraie » et de se demander quels individus ont véritablement une signification historique et procèdent d'une intention volontaire du concepteur du parc. L'élément-clé de cette détermination est la recherche de végétaux cohérents en terme d'âge avec la conception, c'est-à-dire aussi vieux — voire plus vieux — que la date d'aménagement de référence (quand on la connaît).

Ceci amène à tenter d'estimer ou de déterminer l'âge des végétaux vivants. Deux méthodes sont possibles, mais aucune à notre connaissance n'est à la fois précise et sans dommages pour l'arbre :

La méthode la plus simple, mais qui présente aussi le plus de risques d'erreurs, consiste à se baser sur la circonférence du tronc de l'arbre, en partant du principe que son état actuel résulte d'une croissance annuelle comprise dans une fourchette donnée pour une espèce particulière dans un contexte de croissance défini.

Le célèbre dendrologue anglais Alan Mitchell affirme par exemple : « Les espèces d'arbres les plus variées se conforment très largement à la plus simple des règles possibles : la croissance moyenne de la circonférence (du tronc) à 1,50 m de haut de la plupart des arbres munis d'une couronne complète est de 2,5 cm par an. Un arbre de 2,44 m de circonférence est habituellement âgé de 100 ans environ. S'il pousse dans un bois, il aura 200 ans. S'il est dans une avenue ou légèrement entouré, il aura 150 ans. Ceci s'est vérifié sur des centaines de spécimens de presque chaque espèce de grands arbres, conifères ou feuillus ». Précisant qu'il s'agit de moyennes calculées sur l'ensemble de la vie d'un arbre, il affine cette règle par quelques exceptions : « Les arbres poussant très vite, de plus de 5 à 7, 5 cm par an sont : le séquoia et le séquoia géant, le sapin blanc du Colorado, le sapin géant, le douglas, le Tsuga géant, le peuplier d'Italie et autres hybrides, les ptérocaryer, les nothofagus, les chênes  -rouges, de Hongrie, et à feuille de châtaignier -, le tulipier, le platane à feuilles d'érables et la plupart des eucalyptus ». De la même façon, « des arbres poussant moins vite, de moins de 2,5 cm par an sont : le pin sylvestre, l'épicéa commun, le marronnier d'Inde et le tilleul de Hollande ».

Nous tempérerons pour notre part ces règles en les affectant aux parcs à bonnes conditions de croissance, notamment atlantiques ou méridionaux bien irrigués. D'autre part, si elles nous semblent vérifiées statistiquement sur de nombreux arbres, elles sont l'objet de très grosses variations individuelles, Si elles permettent une appréciation globale d'une population d'arbres, elles ne peuvent caractériser un arbre pris isolément, d'autant plus que ce sujet sera âgé et aura subi la concurrence de ses voisins. On est parfois très surpris de constater le grand âge d'arbres minuscules avant poussé sous couvert ou la jeunesse de mastodontes avant crû dans des conditions optimales.

L'autre méthode est l'usage de la tarière dite de « Pressler », qui consiste à prélever une carotte de bois dans le tronc de l'arbre à identifier et à compter ses cernes. Cette méthode altère malheureusement le bois des arbres, donc leur santé. Elle est à ce titre déconseillée sur des arbres remarquables, mais peut utilement servir à étalonner des échantillons de diamètres dans un parc, sur des arbres mineurs, pour se faire une idée des âges correspondants, en tenant compte des variations locales ou spécifiques.

Dans les situations dégradées, on peut relever des indices de la présence d'un arbre ancien : c'est le cas d'une population de rejets jeunes dont le pied-mère a disparu, d'organisation en touffes circulaires, cépées dont la souche-mère est totalement détruite, de petites buttes, témoins de la présence d'un arbre isolé sur une pelouse, d'arbustes étiolés dans un sous-bois après l'avancée de la lisière qu'ils contribuaient auparavant à constituer... De la même façon, un arbre taillé dans son passé en garde longtemps les stigmates, souvent le reste de sa vie. Ainsi, les traces de palissades abandonnées se retrouvent fréquemment dans des arbres avant retrouvé leur port libre.

C'est pourquoi une observation fine des végétaux et micro-reliefs est très précieuse, car elle peut aider à faire des hypothèses concernant un état de référence ancien. Elle peut amener à détecter ou conforter des éléments de l'histoire du parc, car les végétaux sont susceptibles de témoigner d'anciennes organisations et usages de l'espace.

(Œuvres collectives, La datation d'arbres et la recherche des traces, 2000)



Le chêne pédonculé, (Quercus robur) le "Majesty" The Fredville Oak, dans le  Kent en 1824 et de nos jours

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