lundi 27 février 2012

Un artiste qui marche à tâtons ...

On peut conclure de tous ces principes qu'un Jardinier dénué de ces connaissances, est un artiste qui marche à tâtons, toujours en proie à des idées captieuses, à une pratique incertaine, à une mauvaise routine qu'il tient de son père, il n'est jamais sûr de la route qu'il doit prendre dans la maladie ou la stérilité d'un arbre. Loin de chercher les remèdes salutaires qui peuvent tirer un végétal de ce fâcheux état, il prend, en ignorant, le parti le plus court qui est de l'arracher. Comment peut-il remédier au gonflement de la sève, en arrêter le cours, s'il n'en connoît ni la nature ni le chemin qu'elle prend pour se porter dans toute l'étendue d'un arbre ? Comment peut-il guérir les maladies qui attaquent les différentes parties des végétaux, si leur intérieur ne lui est connu ? Il n'y a donc que leur anatomie qui puisse lui en fournir les moyens. Semblable à un Médecin, il peut encore juger de l'infirmité des arbres par les signes extérieurs. Ceci regarde encore plus les arbres fruitiers que ceux qui décorent les Jardins de propreté; mais comme ce sont les mêmes maximes, elles peuvent servir à ces différents Jardins, qu'un habile homme doit également entendre. Au moins, le Maître du Jardin, qui doit avoir l'oeil sur toutes choses, prévenu de ces principes, ne manquera pas de les faire observer.

(Antoine Joseph Dezallier d’Argenville. La Théorie et la pratique du jardinage, 1709)



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