jeudi 28 février 2013

J'aime Caillebotte et son jardin du Petit Gennevilliers ...


Tandis que je patiente un peu, j'aperçois des gens qui jardinent derrière une palissade. La porte s'ouvre et quelqu'un me demande si je veux «visiter le parc».
Je comprends qu'il s'agit du jardin du Secours catholique que j'ai vu sur la liste.
Je rentre ; là trois personnes officient : une dame, en robe et grandes chaussettes noires s'extasie sur une fleur, car c'est aussi une racine, l'homme qui m'a conviée à entrer: torse nu, une canette à la main, un peu confus, et enfin le jardinier responsable.
C'est un homme assez beau, un peu âgé, décharné, sec, d'origine kabyle sans doute.
Il est un peu accablé par tout ce qui reste à faire au jardin. J'explique que j'ai rendez-vous à côté et que j'écris un livre sur les jardins, ce qui suscite une certaine hilarité doublée d'intérêt.
Mais quand je fais part de mon admiration pour tout ce qui est construit, le jardinier responsable se lève pour me faire visiter. Il me nomme chaque plante, m'explique la construction de la cabane, l'intérêt des toilettes sèches, pourquoi il y a une sorte de petite barrière le long d'un carré planté, etc. Il me montre tout ce qu'il a déjà débroussaillé, se plaint amèrement de n'avoir pas d'aide et de ceux qui viennent seulement s'amuser, boire et prendre du bon temps. Il me convie à une prochaine rencontre qui regroupera au moins cent personnes autour de grillades au feu de bois...
Je rentre dans la parcelle d'à côté. Les terrains sont mitoyens mais un monde les sépare...
La parcelle de l'association Lez'arts est un havre végétal procurant d'emblée une sensation de bien-être. Il faut aller au fond de la parcelle pour accéder au bar qui donne devant la scène, construite cette année pour un concert avec les Touré Kunda, où ils ont accueilli 800 personnes. Enfin le responsable arrive. Un beau jeune homme aux yeux clairs qui porte une coiffure avec des dreadlocks comme l'un des autres animateurs.
De nombreux Africains fréquentent le lieu. Je comprends qu'il s'agit plus d'un enjeu d'appropriation du territoire par les habitants que de jardinage en tant que tel. « En milieu urbain, on ne peut qu'initier petit à petit les habitants ».
Suite à une convention avec la ville, ils ont pu financer des postes pour faire l'accueil des enfants qui viennent avec le centre de loisirs. Une exposition de leurs créations végétales est présentée sous un petit préau.
Quand des gens arrivent, ils se saluent, ou se font la bise. C'est cool, on écoute du reggae... En partant, je passe devant les plantes qu'ils viennent d'acheter chez Truffaut. Je leur raconte l'histoire de Kokopelli qui donne des graines pour le jardin d'insertion du 12e, et j'admire la mare, les sculptures... On se croit ailleurs...
Je rentre dans la chaleur du soir, et je me souviens du titre d'un livre sur les communautés en Ardèche Au fond de la forêt, l'État. Ici c'est entre les parcelles, le choc des différences sociales.












(Ouvrage collectif, Jardiniers du bitume, 2011)

Gustave Caillebotte jardinant au Petit Gennevilliers
Gustave Caillebotte, Le potager,  Petit Gennevilliers (1894)
 Gustave Caillebotte, Tournesols au Petit Gennevilliers, 1885

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