Aqui se queda la clara
La entranable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara ...
(Carlos Puebla, Hasta Siempre, 1965)
Aqui se queda la clara
La entranable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara ...
Dans un paysage, l'unité des parties, leur forme, vaut moins que leur débordement ; il n'y pas de contours francs, chaque surface tremble et s'organise de telle manière qu'elle ouvre essentiellement sur le dehors.
C'était une journée sans vent. Il passa devant les champs d'éoliennes de Palm Spring ; les pales des centaines de générateurs électriques étaient immobiles dans la brume matinale. C'était une vision étrange, comme un cimetière, et Harry préféra détourner le regard.(Michael CONNELLY, The Black Ice, 1993)
En février, le jardinier poursuit les travaux commencés en janvier, en ce sens qu'il cultive surtout le temps. Car sachez que février est une époque dangereuse, durant laquelle un jardinier est menacé par les gelées, le soleil, l 'humidité, la sécheresse et les vents; ce mois, le plus court de tous, ce mois qui est parmi les mois ce qu'est un œuf sans germe dans une couvée, ce mois venu avant terme, ce mois qui grandit d'un jour tous les quatre ans, ce mois plein de traîtrise se distingue entre tous les autres mois par ses caprices sournois: méfiez- vous de lui. Pendant le jour il fait pousser des boutons aux arbustes et, la nuit venue, il les brûle d'une main il vous flatte et de l'autre il vous fait un pied de nez. Le diable sait pourquoi, dans les années bissextiles, on choisit pour lui ajouter un jour ce mois versatile et enrhumé, ce malicieux avorton de mois. Quand l'année est bissextile, on devrait ajouter un jour au beau mois de mai, de façon à ce qu'il en ait 32 et l'affaire serait faite. Comment pourrions-nous faire, nous autres jardiniers, pour y arriver?La seconde tâche du jardinier, en février, consiste à rester à l'affût des signes avant coureurs du printemps. Le jardinier ne se soucie pas du premier hanneton ou du premier papillon qui d'ordinaire inaugurent le printemps dans les articles de journaux; d'abord parce qu'il n'aime pas du tout les hannetons, quels qu'ils soient, et ensuite parce que ce papillon que l'on dit le premier n'est ordinairement pas autre chose que le dernier de l'année précédente qui a oublié de mourir. Les premiers symptômes du printemps d'après lesquels se guide le jardinier sont beaucoup plus sûrs.1° Les crocus qui poussent dans l'herbe sous forme de petites pointes trapues; un beau jour cette pointe crève (phénomène auquel personne encore n'a assisté) et. présente à la vue une sorte de brosse formée de feuilles d'un beau vert. Et voilà le premier signe printanier ;2° Les catalogues de jardiniers, qu'apporte le facteur. Quoique le jardinier les connaisse par cœur ( ces catalogues commencent par les mots Acaena, Acantholimon, Acanthus, Achillea, Aconitum, Adénophore, Adonis, etc... litanie que chaque jardinier est capable de débiter sur le bout du doigt), il les lit soigneusement depuis Acaena jusqu'à Wahlenbergie ou Yucca, se demandant avec angoisse ce qu'il pourrait bien encore commander.3° Les perce-neige aussi sont des messagers du printemps; au prime abord ce sont de petites pointes vert pâle qui sortent timidement de terre; ces pointes se séparent pour former deux gros pétales et l'affaire est faite. Cela fleurit environ au début de février et je vous le dis, jamais palme de triomphateur, jamais Arbre de la Connaissance ni laurier de gloire ne fut plus beau que ce blanc et délicat calice qui se balance au gré d'un vent bruineux sur sa tigelle pâle;
4° Les voisins constituent encore un symptôme infaillible de l'approche du printemps. Dès qu'ils se précipitent dans leurs jardins avec des bêches, des pioches, des sécateurs, des enduits pour les arbres et toutes sortes de poudres pour mettre dans le sol, un jardinier expérimenté devine que le printemps approche; et alors il revêt lui aussi de vieux pantalons et se précipite dans son jardin avec pioche et bêche, afin que ses voisins à lui s'aperçoivent aussi que le printemps approche et se communiquent par-dessus les palissades cette joyeuse nouvelle.(Karel Čapek, L’année du jardinier, 1929).
La première est que, quand l'honnête jardinier sera une fois parvenu à la connaissance certaine de quelques principes capables de lui donner une bonne teinture du jardinage, on doit être assuré qu'il ne voudra pas s'en tenir à cette simple connaissance des premiers éléments; il lui prendra infailliblement une grande curiosité de savoir davantage une chose qui lui plaît tant. On le verra bientôt après pousser plus avant les lumières qu'il aura acquises et pas conséquent il demeurera peu de temps dans cet état dangereux et redoutable qu'on appelle demi-science.
Le jardinage, duquel je commence ici à traiter, produit sûrement beaucoup de plaisir à l'honnête homme qui s'y entend et s'y applique, mais ce même jardin, s'il est entre les mains d'un jardinier qui soit peu habile ou peu laborieux, a de grands inconvénients à craindre et de grands chagrins à donner.
Si les fleurs, le long des routes
Se mettaient à marcher
C'est à la Margot, sans doute
Qu'elles feraient songer
Comment sentira-t-il les mélanges de la lumière et des ombres, les divers accidents des saisons, les effets de l’air, ceux des distances, les points de vue éloignés qui, pour être hors du temps, n’en font pas moins partie de l’ensemble ?
Si l'homme-jardinier s'était développé, depuis le début du monde, par sélection naturelle, il se serait évidemment transformé en invertébré. Pourquoi diable a-t-il des reins? Il semble que ce soit uniquement pour que, de temps en temps, il se redresse en disant. « J'ai mal aux reins. » Pour ce qui est des jambes, on peut leur donner toutes sortes de positions; on peut s’accroupir, s’agenouiller, s’asseoir à la turque, ou même prendre ses jambes à son cou. Les doigts, eux, sont de bonnes chevilles pour faire les trous, les paumes brisent les mottes ou bien étendent la terre et la tête sert pour accrocher la pipe; seul le dos reste un élément insoumis que le jardinier cherche vainement à courber. Le ver de terre n'a pas de reins, lui. Le jardinier est ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière; il a les mains et les jambes écartées et la tête quelque part entre les genoux ...(Karel Čapek, L’année du jardinier, 1929).
Le Jardinier doit estre jeune, soigneux, diligent et assidu. Il faut qu'il sçache la région et les effets, au moins, des quatre vents principaux pour faire le discernement d'une bonne situation. Quelque intelligence des ordres de l'Architecture luy est nécessaire pour former la figure d'un Plan et compasser régulièrement les planches d'un Parterre. Il dit aussi connoistre parfaitement toutes sortes de fleurs, pour les sçavoir placer dans les endroits qui leur sont propres. La conduite de la Lune dans son croissant, sa plénitude et son décours est une leçon qu'il doit bien avoir étudiée, car c'est par là qu'il apprend les termes qui sont propres à semer et à planter. Outre ces connoissances pour la pratique de sa profession, il doit avoir fait provision de tous les outils et instrumens qui sont à l'usage du Jardin, qui sont pour faire grossièrement le détail, une bêche, une paële, une pieuche, une serpe, un rasteau, une règle, des cordeaux et une équaire ; deux cribles, un gros pour les oignons et un fin pour les graines; un marteau, un arrosoir et quelques cloches de verre ou de terre cuite, sans ouverture par le haut, avec lesquelles dans les grandes chaleurs de l'été on couvre quelques plantes délicates qui craignent la trop grande ardeur du Soleil; le couteau et la scie pour enter et généralement toutes les commoditez requises pour la culture et la propreté du Jardin. Toutes lesquelles choses il doit serrer dans quelque endroit proche afin de s'en servir au besoin.
La décoration florale? pourquoi voulez vous que je perde du temps pour ça ?(Pierre Harmel, 1999)
Tout ce que l'homme abandonne au temps offre au paysage une chance d'être, à la fois marqué par lui et affranchi de lui.
Une des principales raisons pour laquelle ces gens-là n'ont pas l'intelligence nécessaire pour composer un beau dessein, c'est que cette connoissance dépend de plusieurs autres. Il faut être un peu Géométre, sçavoir l'Architecture, et la bien dessiner, entendre l'ornement, connoître la propriété et l'effet de tous les plans dont on se sert dans les beaux Jardins, inventer facilement, et y joindre une intelligence et un bon goût, qu'il faut s'être formé par la vûe des belles choses, par la critique des mauvaises, et par une pratique consommée dans l'Art du Jardinage.
D’aucuns prétendent qu’il faut y mettre du charbon de bois tandis que d’autres le nient. Certains recommandent un peu de sable jaune, parce que, disent-ils, il contient du fer, mais d’autres le repoussent pour cette simple raison qu’il contient du fer. D’autres encore sont partisans du sable de rivière pur, d’autres de la simple tourbe et d’autre de la sciure de bois. Bref, la préparation de la terre à semences est un grand mystère et comporte des cérémonies magiques. Il faut y mêler de la poussière de marbre (mais où la prendre ?), de la bouse de vache de trois ans (ici, on se demande si cette indication d’âge se rapporte à la vache ou à la bouse), une pincée de terre de taupinière fraiche, de l’argile réduite en poudre prise dans une vielle étable à porcs, du sable de l’Elbe (mais pas de la Vltava), de la terre de bûcher vielle de trois ans et peut-être encore de l’humus de fougère dorée ainsi qu’une poignée de terre prise sur la tombe d’une vierge pendue ; il faut mélanger tout cela suivant les règles (les manuels de jardinage ne disent pas s’il faut le faire pendant la nouvelle lune, à la pleine lune ou pendant la nuit de saint Philippe et saint Jacques) ; et lorsque vous versez cette terre mystérieuse dans vos pots de fleurs ( trempés dans l’eau stagnant depuis trois ans au soleil et remplis dans le fond de tessons bouillis, mêlés à des morceaux de charbon de bois, ce qui du reste est nié par d’autres auteurs) lorsque vous avez fait tout cela, en observant des centaines de prescriptions qui diffèrent du tout au tout, ce qui rend singulièrement difficile cette cérémonie, vous pouvez vous attaquer à l’essentiel de l’opération, c'est-à-dire que vous pouvez semer vos graines…
On se propose de rechercher ici les secours, les avantages qui pourraient avoir été négligés; de détailler les moyens à employer dans la décoration des jardins, l'usage que l'on peut faire du paysage pour remplacer la géométrie; l'emploi et la distinction des ornements naturels et des ornements factices; comment on peut embellir l'horizon, le lointain, travailler le terrain sans monotonie, choisir un sujet pour la composition de l'ensemble, traiter ce sujet avec assez de suite pour que ceux qui ne sont pas propriétaires se promènent avec intérêt, comment on peut ne jamais avoir le jardin des autres, comme jamais on n'a bien exactement leur local.
Le jardin n’a pas d’échelle. C’est le miroir des jardiniers. Tout dépend de lui, de son rêve.
"On est dans l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende"
Le Phytolacca du bastion de Bab Marrakech, un arbre à la fois mémoire et témoin de l’histoire de la ville, est mort, victime de l’inculture et de l’inconscience des hommes.
Dans cette aventure, le grand perdant a été le tracé de jardin : tantôt il a perdu forme, noyé sous une surabondance de fleurs, tantôt il s’est vu surcharger des nouveaux apports indigestes.
La création des vues dans les jardins paysagers a le plus souvent pour objet d’augmenter l’étendue fictive des propriétés. Plusieurs moyens sont employés pour obtenir ce résultat, parmi lesquels nous compterons les percées dans les lignes de bordures plantées, les clôtures dissimulées, les vallonnements, les allées masquées, les plantations...
Tant qu'on est dans la fleur de la jeunesse, on pense qu'une fleur est quelque chose que l'on porte à la boutonnière et que l'on offre aux jeunes filles. On n'a absolument aucun sentiment qu'une fleur est quelque chose qui hiverne, qui se bêche, se fume, s'arrose, se transplante, quelque chose qu'il faut tailler, attacher, sarcler, débarrasser des lichens, des feuilles sèches, des pucerons et des moisissures; au lieu de bêcher les plates-bandes, on court le guilledou, on satisfait son ambition, on jouit des fruits de la vie que l'on n'a pas fait pousser soi-même et, en somme, on a une activité purement destructrice. Il est besoin d'une certaine maturité, je dirais volontiers d'un certain âge de paternité pour pouvoir devenir jardinier amateur. En outre, il est nécessaire d'avoir un jardin.
"Si l’on souhaite enchâsser dans son propre jardin les merveilles d’un autre, il suffit qu’il y ait une lien entre eux pour que la continuité de l’espace ne soit pas rompue. L’emprunt de scène sera alors particulièrement approprié"
Il arrive fréquemment que la vue est réciproque, c'est-à-dire que les deux extrémités peuvent devenir respectivement sommet et base de l’angle. Dans ce cas, on commet souvent une faute qui doit être signalée : celle de donner aux deux cotés de la percée une direction parallèle. Il en résulte que les deux cotés ont une apparence de murs.
La percée en X évite cet inconvénient, tout en reculant la perspective et laissant l’objet visible dans toute sa largeur, du sommet de chacun des deux angles. Le bois peut s'avancer de chaque coté et donner à cette vue un encadrement excellent...
"Le mois de janvier lui-même n'est pas une période de repos pour le jardinier », disent les manuels de jardinage. Certainement pas: car, en janvier, le jardinier cultive surtout le temps. C'est une drôle de chose que le temps; il n'est jamais comme il devrait être; il exagère toujours dans un sens ou dans l'autre. La température n'est jamais conforme à la normale séculaire; elle la dépasse toujours de 5 degrés à moins qu'elle ne lui soit inférieure d'autant. Quant aux pluies, si elles ne sont pas inférieures de 10 millimètres à la normale, elles lui sont supérieures de 20 millimètres; s'il ne fait pas trop sec, il fait inéluctablement trop humide.Si les gens eux-mêmes que cela ne regarde pas ont tant de motifs de se plaindre du temps, que doit dire le jardinier! S'il tombe peu de neige, il gronde, avec raison, que c'est tout à fait insuffisant; s'il en tombe beaucoup, il manifeste de sérieuses craintes que cela ne lui brise ses conifères et ses rhododendrons.S'il n'y a pas de neige du tout, il se lamente sur les dégâts que font les gelées blanches. Le dégel survient-il, il maudit les vents furieux qui l'accompagnent et qui ont l'odieuse habitude de disperser à travers le jardin les couvertures de paille et de branchages et qui pourraient bien puissent-ils aller au diable lui rompre quelque arbuste. Si le soleil a l'audace de briller un peu en janvier, le jardinier se prend la tête à deux mains, car la sève de ses arbrisseaux va monter prématurément. S'il pleut, il craint pour ses fleurs alpestres; s'il fait sec, il pense avec douleur à ses rhododendrons et à ses andromèdes.Et pourtant il ne serait pas bien difficile de le contenter: il lui suffirait que, du 1er au 31 janvier, il y eût 9 / 10e de degré au-dessous de zéro, 127 millimètres de neige (légère et, autant que possible, fraîche) , un ciel presque constamment nuageux, pas de vent ou des vents d'ouest modérés, et tout irait bien. Mais voilà: personne ne se soucie de nous autres, jardiniers, et personne ne nous consulte sur ce qui devrait être. Et voilà pourquoi ce monde va de la sorte."