mardi 28 août 2012

Le corse ne file pas droit ...

Le bourg de Pietranera est très irrégulièrement bâti, comme tous les villages de la Corse ; car, pour voir une rue, il faut aller à Cargèse, bâti par M. de Marbeuf. Les maisons, dispersées au hasard et sans le moindre alignement, occupent le sommet d'un petit plateau, ou plutôt d'un palier de la montagne. Vers le milieu du bourg s'élève un grand chêne vert, et auprès on voit une auge en granit, où un tuyau en bois apporte l'eau d'une source voisine.
(Prosper Mérimée, Colomba, 1840)

 
De quoi il se mêle le père Prosper … ? Oui, en Corse rien est droit ! Et alors!  Prosper Mérimée nous cite le village de Cargèse qui n'est pas proprement dit un exemple d'architecture corse. Cette année, j'ai visité la maison d'un ami dans le Cap Corse. Le verger et le potager constituaient un jardin de 5 ou 6 terrasses, la construction datait de la fin du 19e siècle … un travail considérable de terrassement, d'apport de terre, de construction de mur, d'escalier … un système hydraulique pour amener l'eau d'une source située à 3 kilomètres … bref! Un gros travail d’aménagement. Et bien, aucun des murs n'étaient droits ... alors que c'était loin d'être le plus difficile à faire… Il faut s’arrêter la dessus, analyser, éviter de faire comme l'abbé Gaudin qui dans son voyage en Corse ramène tout à la "paresse des Corses" (pauvre idiot) Non, il y a un quelque chose que le non corse ne comprend pas dans cette absence de régularité … elle n'est pas nécessaire, elle répond à une philosophie, à un esthétisme ignoré en Corse … regardez l'église de Murato, un chef d’œuvre d'architecture polychromes corse … notez l'irrégularité de la disposition des pierres blanches et vertes … une merveille!

l'église San Michele di Muratu,  le clocher est remanié au XVIIIe siècle

je me souviens d'une histoire …
Un jour, un corse nommé Jean-Joseph (jardinier amateur éduqué aux techniques horticoles à la Française) décide, après avoir vécu toute sa vie sur le continent de prendre sa retraite dans le village corse de ses origines ... Là, il entreprend, sur un des terrains de son père, de faire son potager. Le terrain est situé au centre du village en contrebas d'un mur. Les villageois bien sur l'observent... déjà, il y a la bêche "Mais qu'est-ce que tu fais avec ta petite pelle?", s'interroge l'un d'eux.
"Je bêche, enfin je laboure", répond Jean-Joseph.
"Et tu te sers de ça pour labourer?", en corse la houe est préférée à la bêche ...
Les jours passent, enfin arrive le jours du semis. Jean-Joseph prend un cordeau et le fixe pour tracer son rang.
"Mais qu'est-ce que tu fais avec ta ficelle,", s’interroge un autre.
"Et bien, c'est pour semer", rétorque jean-Joseph.
"Tu as besoin d'une ficelle pour semer !", s'exclame un autre qui ne comprend pas le pourquoi de la manœuvre
"Oui", répond Jean-Joseph "pour que ça soit droit"
" Et pourquoi veux-tu que ça soit droit ? ", rire général ...

Mais oui ! Pourquoi ?
Potager dans la région du Nebbiu en Corse

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