vendredi 31 août 2012

Rencontre centennale ...

Chère Pat,
Vraiment désolé de ne pas avoir écrit plus tôt (je plaide la démence), cela étant dit avec la voix du boy-scout Bluebottle, suivi par sortie à droite sous un tonnerre d'applaudissements.
J'espère que tu vas bien.
Nous avons survécu à un autre splendide hiver anglais. Quand commence déjà l'été cette année ? Je suis très occupé depuis Noël, en plus du travail pour l'école. Tu sais combien j'aime Chuck Berry, et je t'avais dit que je pensais être le seul fan à des kilomètres à la ronde, or l'autre matin à la gare de Dartford, j'avais un disque de Chuck à la main, et un gars que j'ai connu à l'école primaire, entre sept et onze ans, s'est approché de moi. Il a tous les disques de Chuck Berry, et ses potes aussi, c'est tous des fans du rhythm'n'blues, je veux parler du vrai R&B (pas les merdes comme Dinah Shore et Brook Benton), Jimmy Reed, Muddy Waters, Chuck, Howlin' Wolf, John Lee Hooker, tous les bluesmen de Chicago, tout ce qui se fait de mieux, merveilleux. Bo Diddley, c'est un autre grand.
Donc, le type de la gare s'appelle Mick Jagger et plein de filles et de mecs se retrouvent tous les samedis matin dans une boîte, le Carousel, et un matin de janvier je passais par là et j'ai voulu voir s'il était là. Tout le monde voulait me parler, et je me suis fait inviter à une dizaine de fêtes. Mick est le meilleur chanteur de R&B de ce côté-ci de l'Atlantique et je pèse mes mots. Je joue de la guitare (électrique) à la Chuck. On a un bassiste et un batteur et une guitare rythmique et on répète deux ou trois soirs par semaine. ÇA SWINGUE.
Bien sûr ils ont tous de l'argent et vivent dans de belles baraques, il y en a même un qui a un valet de chambre ! Je suis allé le voir avec Mick (en voiture, bien sûr, la voiture de Mick, pas la mienne, bien sûr). LA VACHE, QUELLE LANGUE IMPOSSIBLE ON DOIT PARLER!
"Puis-je vous servir quelque chose, sir?
— Une vodka citron, siouplaît.
— Certainement, Sir."

J'avais l'impression d'être un lord, j'ai presque demandé ma couronne en partant.
Ici tout va bien.
Je n'arrête pas d'écouter Chuck Berry. J'ai acheté un de ses LP direct chez Chess Records, à Chicago, ça m'a coûté moins cher qu'un disque anglais.
Bien sûr; ici on a toujours les vieilles croûtes, tu vois qui je veux dire, Cliff Richard, Adam Faith et les deux nouvelles étoiles Shane Fenton et John Leyton. JAMAIS ENTENDU PAREILLE MERDE. Sauf pour ce Rital de Sinatra ha ha ha ha ha ha ha.
Au moins je ne m'ennuie plus. Samedi prochain je vais à une fête qui doit durer toute la nuit.
"J'ai maté ma toquante
Quatre plombes cinq,
Mec, j'savais plus vraiment
Si j'étais mort ou vivant."

Citation: Chuck Berry, "Reeling and a Rocking".
40 litres de bière, un tonneau de cidre, 3 bouteilles whisky, vin. Papa maman sont partis pour le week-end, je vais tuwister jusqu'à tomber raide (et j'en suis ravi).
Le samedi suivant, Mick et moi, on emmène deux filles dans notre club de rhythm-n'blues préféré, à Ealing, dans le Middlesex.
Il y a là un gars qui joue de l'harmonica électrique, Cyril Davier, fabuleux, toujours à moitié bourré, mal rasé, il joue comme un fou furieux, génial.
Bon, je n'arrive plus à trouver quelque chose d'ennuyeux à te raconter, alors j'arrête.
Bonne nuit, chers téléspectateurs. GRAND SOURIRE. Bises.
Keith xxxxx
Oui d'autre que moi pourrait écrire un tel tissu de conneries?

(Keith Richards, Lettre à sa tante Pat, avril 1962)

Photographie Deborah Feingold, Keith Richards (détail)


Voila!! les vacances sont terminées ... Ce blog reprendra sa vie de blog dès lundi ...







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