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samedi 8 octobre 2016

Une histoire de Matignon : Vie et mort d'un arbre exemplaire ....

Il vivait en dehors des chemins forestiers,
Ce n'était nullement un arbre de métier,
Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron,
Ce grand chêne fier sur son tronc
(Georges Brassens, Le Grand Chêne, 1966)

#linstantparisien,  Hôtel de Matignon sur instagram
En parcourant Instagram, je tombe sur ce cliché de Matignon, quelque chose me choque et me turlupine dans ce point de vue inhabituel ... Horreur !!! "ils" ont abattu mon  vieil ami le Negundo (Acer negundo). Comment ont-ils pu abattre la star incontestée de ce lieu prestigieux ?  ... Ahhhh  criminels ! ....  Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! ...
Bon ! essayons de relativiser ! et me rappeler toutefois qu'il n'était plus tout jeune notre ami le negundo...


Eugène Atget, Ambassade d'Autriche-Hongrie (Hôtel de Matignon) 1905
Ce negundo a dû être planté en 1879, date des derniers travaux par Galliera dans l'Hôtel. Sur la photo d'Atget de 1905, il aurait donc 26 ans. A cette époque, il ne marque pas vraiment le paysage et est très nettement dominé par la star de l'époque qui est ce Robinier se détachant dans le ciel blanc du cliché. 
 Achille Duchêne (1907-1908) (Fonds Michel Duchêne)
Sur le cliché de notre vénérable maitre Achille Duchêne, le negundo se porte à merveille et s'impose un peu plus, il parait plus grand et on a relevé les branches basses laissant passer ainsi le regard ...


Hôtel de Matignon,  1920 ( le negundo à l'extrême gauche du cliché)

(Entre nous, c'est un cliché exceptionnel que je vous livre là et (pour les initiés) vous noterez le vase en bas à droite figurant sur le Plan du jardin pour réception de l’Ambassade d’Autriche à Paris – 1911 (La vie à la campagne 15 mars 1911) 


Hôtel de Matignon,  L'Acer negundo, 1920
(Remarquez le mouvement du tronc central vers la gauche)
Après la 1ère guerre mondiale, Le negundo commence à subir la concurrence des arbres situés à l'arrière dans le bosquet ...

Hôtel de Matignon - 1949
Après la seconde guerre mondiale en 1949, photographie bien intéressante du parc où les bosquets ont disparu changeant complètement l'organisation du jardin. Le negundo ne se distingue plus réellement des autres arbres plantés sur pelouse.


 Simon Guillot, Hôtel de Matignon, 1958
Et voilà !!! en 1958, on a restauré les bosquets et l'alignement de tilleuls, l'image du parc de Matignon est là... Le negundo a pris  la forme définitive de cet arbre comme penché sur un miroir d'eau... ce qui tombe bien, j'ai toujours pensé qu'Achille Duchêne avait voulu symboliser un plan d'eau en épurant cette Grande Pelouse...
Hôtel de Matignon vers 1958-60

Hôtel de Matignon vers 1958-60
(Remarquez devant le Robinier un petit Pin noir d'Autriche planté vers 1890-1900 et qui n'a absolument pas prospéré)
Belle époque pour notre ami qui reçoit sous son houppier les hôtes du lieu... on remarquera que le robinier commence sérieusement à s'affaiblir ....
Hôtel  de Matignon vers 1962-68
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 1995
Il penche de plus en plus et tellement, que les jardiniers installeront dans les années 1962/68 des étais qui seront garnis d'un rosier qu'on appellera le "Rosier Pompidou" alors premier ministre. Raymond Barre y fera installer un banc ... Le Robinier a disparu laissant la place à un Cèdre de l'Atlas (qui sera balayé, dieu soit loué, par la tempête de 1999) et un Chêne de Hongrie (Quercus frainetto) 
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 2014
Je l'ai vu la dernière fois en juin 2014, lors de Rendez-vous aux jardins. Il m'a confié alors qu'il était très fatigué, las de cette vie publique " j'ai connu et enterré tellement de premiers ministres, passé 2 guerres mondiales, le Front populaire et les accords de Matignon ... j'ai perdu tellement d'amis ... et puis regarde moi !!! je ne ressemble plus à rien avec mes feuilles jaunes, je ne digère plus ce foutu calcaire ..." 
Cl. annéedujardinier et #Linstantparisien
Avant et aujourd'hui ... et deux approches bien différentes.

Aujourd'hui je suis triste ...Vraiment !!! Mais je comprends les jardiniers, il fallait prendre une décision, passer à autre chose ... N'ai-je pas en mon temps abattu le vénérable Robinier ?


Carte postale - Ambassade d'Autriche-Hongrie - vers 1908-1914
Le Robinier de Matignon, il sera abattu vers 1980

jeudi 10 mai 2012

Matignon, c’est aussi une histoire de Marquise 2…


Quand je le pourrais, je me contenterais d’ordonner la nature.
(Achille Duchêne, Les jardins d’aujourd’hui, La vie à la campagne du 15 mars 1914)



Paul de la Tour - Parc de l'ambassade d'Autriche-Hongrie (Matignon) - 8 décembre 1904- 
Alignement en port libre
Eugène Atget - Parc de l'ambassade d'Autriche-Hongrie (Matignon) - Le Tapis Vert -1905
Transformation de l'alignement en Marquise




Eugène Atget - Parc de l'ambassade d'Autriche-Hongrie (Matignon) - Le Tapis Vert -1905
Les proportions (détail)
Eugène Atget - Parc de l'ambassade d'Autriche-Hongrie (Matignon) - Le Tapis Vert -1905
Le câble (détail)

Eugène Atget - Parc de l'ambassade d'Autriche-Hongrie (Matignon) - La Grande Pelouse et le Tapis Vert -1905

L’ambassadeur d’Autrice-Hongrie arrive à Matignon en décembre 1889. Il entamera une série de travaux dans l’Hôtel puis dans le parc où interviendra Achille Duchêne de 1904 à 1908. La petite phrase de Duchêne plus haut en dit beaucoup sur l’état d’esprit du bonhomme … ne pas tout chambouler, intervenir juste ce qu’il faut pour rendre le jardin cohérent … bref ! Comprendre le lieu et aller à l’essentiel … le vrai talent.
Ici à Matignon, Achille Duchêne travaille l’existant, il transforme l’alignement en une Marquise. Pour cela, il conserve les tilleuls en place, il les taille fortement pour obtenir des proportions de type 2/5e pour 3/5e. Il sait que cet axe qu’on appelle le Tapis vert, est l’élément principal du parc. Tout son travail dans le jardin et notamment sur la Grande pelouse sera une mise en scène de cet axe. Fidèle à sa pensée, il se contente d’ordonner le jardin … J’ai zoomé sur un câble … il est intéressant ce câble! Veut-il sauver ou bien redresser un arbre ? Je ne sais pas exactement mais il apparait évident que l’effet souhaité dépend aussi de la survie ce premier arbre … à suivre

mercredi 23 janvier 2013

Le Tulipier de Matignon ....

Il est sans doute l'un des plus vieux chênes de France. Mais les indices habituels qui servent de base pour une estimation, sont bien peu fiables quand un arbre atteint une telle structure. Les cernes ou couches de croissance annuelle sont très étroits car ils ne sont lisibles que dans la partie tout à fait périphérique et ne rendent compte que d'une vitesse de croissance terminale, c'est-à-dire extrêmement lente. La destruction de la partie centrale ne permet pas de se faire une opinion sur la vitesse de croissance dans la période de jeunesse, au cours des premiers siècles de sa vie. La dispersion totale de la matière organique du cœur élimine toute possibilité de datation fiable par le radiocarbone qui, du reste, à cette échelle, n'aurait pas une grande précision. De la mesure de son tour de taille ou de son diamètre on ne peut tirer une donnée répétitive très précise : des parties entières du tronc se sont écroulées et celles qui restent sont à ce point boursouflées qu'il est parfaitement impossible de fixer sans ambiguïté une valeur précise. On a proposé des mensurations de circonférence relevées à hauteur d'épaule qui se répartissent entre treize et quinze mètres... Il reste à établir des comparaisons avec d'autres arbres de la même espèce dont on connaît assez correctement l'âge. On peut extrapoler à partir des graphiques obtenus en tenant compte du climat ou microclimat et de la nature du terrain.C'est donc à partir d'un faisceau de données qu'une estimation d'âge peut être proposée. Compte tenu des imprécisions nombreuses, on comprend qu'une fourchette assez large doive être retenue. C'est dans la période de l'an 400 à l'an 700, laps de temps qui couvre l'immigration celte en provenance de la Bretagne insulaire, la confrontation des celtes armoricains à la Gaule romaine et enfin les relations avec les rois francs, que se situent la naissance et les premiers siècles du chêne de Tronjoly. Il n'est pas rare, et cela est encore vrai de nos jours, qu'un arbre remarquable ait été planté ou préservé en remplacement d'un arbre antérieur; ce n'est pas donc seulement l'arbre ancien qu'il faut considérer mais le site où il se trouve.

(Robert Bourdu, Histoire de France racontée par les arbres, Le chêne de Tronjoly, témoin des temps celtes, 1999)

Plan de Turgot 1734 ( Planche n° 16)
Amménagement du secteur de Matignon après la construction des Invalides  en 1683


Le jeune Platane  et le vieux Tulipier en 1997



La méthode d'Alan Mitchell est globale. Elle tient compte également de la nature des sols. Un jardin est par définition un sol perturbé. Les jardins parisiens ont des sols très perturbés, s'ajoutent des conditions climatiques bizarres liées à la présence des immeubles, de la pollution etc ... Le sol de Matignon est tout sauf un sol, c'est un simple support. Les bâtisseurs ont remblayé pour assainir, pour mettre à niveau ... Ceux qui connaissent la rue de Babylone seront peut-être surpris d’apprendre qu'il y a une différence de 4 mètres environ entre le parc de Matignon et le jardin des Missions Etrangères pourtant distant d'une cinquantaine de mètres ... Matignon a sacrément remblayé. L'impact sur les arbres n'est pas évident ... Prenons le Platane, il semble paraître 200 ans en 1997 alors qu'il n'apparait pas sur la photographie d'Atget en 1904 ... Mais ou est il allé chercher l'eau et les minéraux utiles à sa croissance ? ... A une vingtaine de mètres, un Tulipier, à croissance rapide, parait avoir 50 ans ... et ne devrait pas dépasser la trentaine d'années selon la méthode Mitchell … Mais quel âge a t-il ?

Connaître l'âge d'un arbre n'apporte pas grand chose dans le diagnostic d'un jardin ancien … il est plus important de comprendre comment le patrimoine arboré a évolué. En jardin historique si nous nous intéressons à une plantation c'est en relation avec un aménagement.

La méthode la plus fiable pour dater un arbre est constituée de plusieurs démarche :
La première démarche est de connaître la date d'introduction du végétal sur le territoire. Le Tulipier est introduit en 1663 (ce qui nous apporte rien ici). L'introduction du végétal ne correspond quasiment jamais avec son utilisation dans les jardins ... Si un jour quelqu'un vous dit que son Tulipier à 500 ans, vous avez le droit d'émettre sérieusement un doute ... Le Tulipier apparaît réellement dans les jardins et de façon régulière à la fin du 18e siècle notamment à Trianon et la Malmaison.




Ensuite, comme pour toute recherche en jardin historique, il faut confronter le terrain avec les archives iconographiques et documentaires (Plans, photographies, devis, mémoire de travaux, récits etc.). Ici le Tulipier est présent sur une photographie datée de 1904 mais il est absent du plan très fiable relevé en 1811. Nous savons que l'arbre à donc plus de cent ans et moins de 200 ans. Mine de rien, posséder ces deux informations est déjà énorme. 

Il faut ensuite s’intéresser à l'histoire du lieu.
1) Talleyrand quitte Matignon en 1811, le Tulipier n'apparait pas sur le relevé de 1811.
2) Adélaide Bourbon période 1815-1852 entreprendra des travaux importants, pourquoi ne pas planter un Tulipier ? Sachant qu'elle ne résidera jamais à Matignon ...
3) 1848-1852, Matignon est occupé par le Général Cavaignac,
plantation de Tulipier peu probable mais allez savoir … 
4) Les Galliera, période 1852-1890 entreprennent une restauration de l'hôtel et du jardin dès 1852 avec une période importante pour le jardin en 1879 et notamment la construction d'un jardin d'hiver maintenant disparu.

le Tulipier de Matignon a pu être planté entre 1815 et 1879 date des derniers travaux connus par Galliera dans l'Hôtel.

Il faut maintenant regarder à la fois l’arbre aujourd'hui in situ et sur les photographies du début du XXe siècle …. On remarque que l'arbre subit une concurrence importante et de longue date dû au robinier situé à l'arrière. Nous voyons également qu'il a subi un ravalement (toujours visible en 1997) enfin nous le savons maintenant, il est très peu poussant. Nous sommes donc en présence d’un arbre qui a subi une concurrence, un ravalement et qui essaie de pousser dans un sol qui ne lui convient pas beaucoup. En 1904 on peut (presque) affirmer qu’il a bien une bonne quarantaine d’années, ce qui correspondrait à la période de travaux de 1852 réalisés par les Galliera … 

Maintenant que Matignon est ouvert au public … regardez bien le Tulipier, ce gringalet a dans les 160 ans …  au premier abord, c’est loin d’être évident …



mardi 11 septembre 2012

Back to Matignon ….

Un homme sort de chez lui
C'est très tôt le matin
C'est un homme qui est triste
Cela se voit à sa figure
Soudain dans une boîte à ordures
Il voit un vieux Bottin Mondain
Quand on est triste on passe le temps
Et l'homme prend le Bottin
Le secoue un peu et le feuillette machinalement
Les choses sont comme elles sont
Cet homme si triste est triste parce qu'il s'appelle Ducon
Et il feuillette
Et continue à feuilleter
Et il s'arrête
A la page des D
Et il regarde à la colonne des D-U du...
Et son regard d'homme triste devient plus gai plus clair
Personne
Vraiment personne ne porte le même nom
Je suis le seul Ducon
Dit-il entre ses dents
Et il jette le livre s'époussette les mains
Et poursuit fièrement son petit bonhomme de chemin.
(Jacques Prévert, Quelqu'un, ?)


Jacques Chaban Delmas

Hôtel de Tingry, Hôtel de Matignon, Hôtel du Duc de Valentinois, Hôtel de Monaco, Hôtel du Prince de Bénévent, Hôtel de Galliera, Ambassade d’Autriche-Hongrie, Ancien Hôtel de Monaco,  … et Enfin « Matignon » … tous ces noms pour un même lieu traduisent une histoire mouvementée et nous renseignent sur les propriétaires … je vous en avais parlé …
A Matignon, il y a une rupture entre 1914 et disons 1945 … Cette rupture fera que les jardiniers (et uniquement eux) vont, en fonction des usages, des végétaux, de l’architecture du jardin nommer les différents espaces  … D’abord il y a les vrais noms de jardin : Boulingrin, Tapis Vert… Un Sophora pleureur donnera son nom à une pelouse et à une allée alors que le Tulipier, pourtant sur la même pelouse que le Sophora , ne se contentera que d’une allée … etc. Trois toponymes méritent qu’on s’y arrête.
L’Allée des Peintres : C’est très amusant, le visiteur reliera systématiquement le mot « peintre » à « artiste peintre » … et l’on peut très nettement voir son esprit vagabonder imaginant une foule de peintres peignant le parc de Matignon … en fait (et je suis désolé, croyez moi) cette allée était régulièrement employée par une équipe de peintres en bâtiment qui avait son atelier au bout de cette allée … et deux à trois fois par jour les peintres la descendaient ou la remontaient pour vaquer à leurs occupations.
Le Rond du feu : Appellation étonnante, le Rond étant un nom utilisé en Grand parc ou espace forestier … Ce Rond là est minuscule, d’ailleurs il serait intéressant d’enquêter et de se demander si ce n’est pas le plus petit Rond du monde … les jardiniers l’appellent (l’appelaient ?) le Rond du feu parce que c’était l’endroit ou ils brulaient les produits de la taille des arbustes … jusque dans le milieu des années 80 … Difficile à imaginer maintenant … Je me souviens d’une colonne de fumée traversant le parc et enveloppant l’Hôtel …
Mais le plus intéressant pour le chercheur est la Pelouse du Tennis. Un jour, je demande à un jardinier « mémoire du lieu » ou ce trouvait ce fameux tennis. Il me répond qu’il n’y en a jamais eu, seulement un projet sur cette pelouse lors du passage à Matignon de Jacques Chaban Delmas voulant parait-il un tennis … Bien plus tard en effectuant des recherches, je peux lire que L’Autriche-Hongrie confia pendant la guerre 14/18 l’entretien de son Ambassade à celle des Etats-Unis … il était également précisé « l’entretien du terrain de tennis », où était-il … ? Mystère...

lundi 18 février 2013

Histoire tragique ...

Pourquoi les cerfs s'obstinent-ils au fil des ans à traverser les mêmes tronçons de la nationale 7, au sud de Fontainebleau ? Comment expliquer que des sangliers pourchassés en forêt aboutissent régulièrement sur un parking de supermarché ? Parce que ces grands animaux sauvages ont une mémoire de leurs parcours, et que celle-ci perdure de génération en génération. Une caractéristique que devront prendre en compte les schémas régionaux de cohérence écologique, prévus par le Grenelle de l'environnement pour maintenir ou rétablir les continuités écologiques indispensables à la faune sauvage.
Pour décider où se situeront ces « biocorridors », connaître les déplacements des grands ongulés - des espèces « parapluies » dont la présence signe celle de bien d'autres plantes et animaux - est une étape indispensable. Mais comment retracer les parcours naturels de ces mammifères alors que leur biotope est truffé d'obstacles, infrastructures routières ou ferroviaires, canaux, zones industrielles ou urbaines ? En ouvrant les archives des chasses à courre de France et de Navarre.
De nombreux équipages de vénerie ont consigné de longue date leurs parcours de chasse dans des livres de comptes-rendus, parfois accompagnés de cartes. Et celles-ci confirment, notamment en forêt de Fontainebleau, où la chasse royale se pratiquait dès François Ier, que cerfs et chevreuils empruntent, quand ils le peuvent, des parcours identiques depuis au moins deux siècles.
« Les ongulés ont une perception avant tout olfactive des espaces dans lesquels ils vivent », explique Vincent Vignon, naturaliste et fondateur d'un bureau d'études spécialisé en écologie. Or une partie de ces repères olfactifs - les odeurs dégagées par les roches, par certains sols ou par l'humidité - est immuable. Les animaux peuvent se caler sur eux pour établir leurs voies de déplacement. Lesquelles, transmises des adultes aux petits, finissent par constituer une « mémoire collective » propre à ces groupes d'ongulés.

(Catherine Vincent: Extrait de l’article fuite des cerfs face aux chasseurs : une affaire de mémoire, paru dans l'édition du Monde du 27 décembre 2012)

Hôtel de Matignon vers 1885-1890
Que de Matignon en ce moment ... Cet article du Monde me donne peut être enfin la clé d'une énigme … Les canards de Matignon … ne confondez pas avec ceux de l’Elysée, les nôtres étaient sauvages … Chaque année, on les voyait arriver, ils s’installaient dans le parc, pondaient etc … Il n’y a pas de bassin à Matignon, une fois nés,  les canetons se faisaient dévorer un par un par les corbeaux, les geais … et même peut être par ce fameux chat noir qui régnait en maître sur ce territoire … il n’y avait pas grand-chose à faire … Avec un peu de chance, un ou deux s’en sortaient … Mais pourquoi venaient-ils ici ces satanés canards alors qu’il n’y a pas d’eau pourtant indispensable ?… Ils ne sont pas malins … Un jour, j’ai découvert cette photographie où il apparaît qu’une mare (dont j'ignore tout) se trouvait à Matignon …  Alors ces canards ? Ont-ils eux aussi fini par se constituer une mémoire collective ? Mémoire collective qui comme pour ces pauvres sangliers et cervidés leur a été fatale … du moins à leur descendance ... 

dimanche 20 novembre 2016

Histoire d'une cuite phénoménale...

Quant aux parcs anglais qui entourent les maisons d’aujourd’hui, il vaut mieux ne pas en parler. Un homme illustre d’Angleterre disait à son roi, au moment où l’on commençait à faire ces nouveaux parcs : "Sire, vos jardins sont extrêmement faciles à faire, il suffit de saouler le jardinier et de le suivre". Le lecteur comprendra en voyant dans ce livre les belles reproductions des vieux jardins de France que les paroles de cet illustre Anglais n’étaient pas une boutade.
(Prosper Péan, Jardins de France, 1925)


Je ne sais pas d'où vient cette sale histoire qui associe jardinier et alcoolisme... moi qui vous parle, je ne peux boire un verre de vin sans m'armer de Maalox pour la nuit ... En revanche, la plus belle cuite du XXe siècle revient probablement à un jardinier que j'ai bien connu. Pour des raisons évidentes, je change le nom de notre champion et je l'appellerai " Nestor" ... ne serait-ce que pour rendre hommage au Tonton Nestor de Brassens "Tonton Nestor vous eûtes tort " ... vous remettez ? 

... et bien notre Nestor a bien eu tort en ce mois de juin 1982 ... C'est la Garden Party de Matignon, 4 à 5000 personnes sont sur les pelouses de l'Hôtel de Matignon, Pierre Mauroy est premier ministre, il a tenu à ce que tout le personnel de Matignon soit invité. 

Notre Nestor est jardinier à Matignon depuis les années 1950, il est le plus ancien, nous l'appelons "pépé", je l'aime beaucoup et je ne suis pas le seul ... tout le monde aime Nestor, c'est un jardinier avec des origines maraichères qui retourne le champs des autres toujours bêchant toujours bêchant ... C'est un brave gars, une tête de paysan à la Fernandel avec un rendement qui ferait pâlir bien des jardiniers d'aujourd'hui. Je me souviens de lui au bêchage, c'était très impressionnant, il distançait ses collègues d'une bonne vingtaine de mètres et pourtant, il était toujours à l'arrêt, debout, cigarette au bec, surveillant tel un mirador les alentours. 

Il fait très chaud en ce mois de juin 1982, les stands, dont un stand antillais, se sont installés sur la Grande Pelouse, notre Nestor est en "habit du dimanche" et nous écoutons Pierre Mauroy finir son discours avec un mot aimable pour les jardiniers et la qualité du parc !!! Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, certains témoins accuseront le Punch que notre ami aurait découvert ce jour là au stand antillais ... Je le revois sur la pelouse, un peu guilleret et débraillé, la chemise ouverte sur un "Marcel" à trou en se grattant le ventre et regardant lentement de gauche à droite ... on le repère... un gendarme qui le connaît bien s'en occupe avec l'idée de lui éviter des ennuis ... 

Le gendarme s'y prend avec douceur, lui propose d'aller boire un verre au poste, Nestor le suit en rigolant... le public ne s'y trompe pas, le spectacle commence !!! Mais ça se passe bien, tous les deux s'éloignent tranquillement ... On pense l'affaire terminée quand, sans savoir pourquoi, l'alcool devient tout à coup mauvais et impose à Nestor de faire demi-tour brutalement !!! Il rentre dans le vestiaire des jardiniers, le son de la voix augmente, ressort à nouveau et là ce n'est plus un gendarme mais quatre ou cinq qui l'entourent cherchant à le diriger vers la sortie ... ça ne marche pas, Nestor commence à hurler, critique la Garden party, la Gauche et probablement le Premier ministre. Les gendarmes du coup le ceinturent, le ramènent dans le vestiaire et l'immobilisent non sans mal... Le public de la Garden assiste un peu effaré à ce spectacle assez dégradant mais avec une grande discrétion. Il faudra 2 piqures de Valium pour calmer notre "pépé" et il sera finalement raccompagné chez lui. Bien sûr, ce fût un scandale, un vrai!!! et les propos sur le Premier ministre n'étaient pas passés inaperçus. Le chef de cabinet de Pierre Mauroy voulut en avoir la confirmation, on ne pouvait, avec raison, laisser passer un tel comportement. Mais, confronté à une divine omerta,  il ne trouva aucun gendarme, ni jardinier ou autres témoins de la scène se rappelant les propos de Nestor.

Guillot - Le parc de Matignon vu du perron après 1950 - détail - jardiniers bêchant dans les massifs d'arbustes, parmi eux "Nestor"

lundi 14 mai 2012

Matignon, c’est aussi une histoire de Marquise 4 ...


Je ferai en sorte que l’on ne puisse y sentir aucune réminiscence des écoles françaises, italiennes ou anglaises, en bannissant tous les déjà vus, en accentuant le caractère topographique du cadre, mais toujours en harmonie avec le caractère de la maison.
(Achille Duchêne, Les jardins d’aujourd’hui, La vie à la campagne du 15 mars 1914)


Pierre Jahan - Parc de l'Hôtel de Matignon - Vue du premier étage - 1950




Anonyme -  Le parc de l'Hôtel de Matignon - 1958
 Benoît Deshayes, L'Internaute Magazine - Le Tapis vert aujourd'hui
Taille de forme horizontale et Marquise simple, le Bon Jardinier - 1947



1950! Le parc est restauré, on crée un Boulingrin, on restaure le portique en treillage ... On replante donc des tilleuls sur le Tapis Vert... quelques années plus tard l'alignement est à nouveau une Marquise … cette Marquise a t’elle quelque chose à voir avec celle de Duchêne? Au premier abord la réponse est oui … Sauf ! Qu’en 1950, on ne se souvient pas de l'intervention de Duchêne à Matignon... Pauvre Achille, on ne se souvenait déjà pas de lui à Vaux-le-Vicomte... Il faudra attendre la découverte des archives Duchêne pour enfin se rappeler de l'énorme créateur qu'il était... 
Si cette Marquise réapparait, c'est dû à une vision erronée des jardins réguliers et à cette sale manie de transformer les arbres en port libre vers un port en rideau ou comme ici en Marquise (Voir « Massacre en rideau » 24 avril 2012   ...)

D’ailleurs, la grande pelouse n'est plus cette mise en scène voulue par Duchêne ... aux parterres de lierre parsemés de fleurs blanches on préfère maintenant des parterres de toutes les couleurs sans se soucier d’une altération dans la lecture du jardin. Et puis, notez les proportions ...  celle de la statue de Pomone au fond du Tapis Vert, bien plus imposante que la Venus, l'axe en parait bien moins profond... Et les proportions de la Marquise? ... ils sont bien petits ces arbres, là aussi, les proportions ont tendance à s'inverser, ... plus on avance dans le temps plus les arbres rapetissent … si bien que l'on se demande si cette Marquise ne va pas se transformer en un taille en forme horizontale ….

jeudi 6 mars 2014

Perdre son échelle à Londres ...

Un monument, c’est aussi l’impression que procurent ses abords. D’où la vigilance qui s’impose à l’égard des projets de travaux dans le champ de visibilité des monuments historiques.
(Ministère de la culture et de la communication, Considérer les abords d’un monument historique, Mise à jour 2003)




Dans les rues de Londres


Le Tower Bridge et la tour Shard
Londres de la Tate Modern

Matignon en 1904 avec l'Hôtel de Reinach (en retrait) et Matignon en 1949 avec la cité Varenne
Projet du nouveau musée Albert Kahn par l'architecte Kengo Kuma
IL y a belle le lurette que Londres perd son échelle ... et en trouve une autre ! Le pauvre Tower Bridge parait bien riquiqui à coté de la Tour Shard... Entre nous, je dirais qu'il la ramène un peu moins ...(c'est le jardinier français jardino-anglophobe qui parle!!) En fait, je trouve ces gestes anglais admirables ... Je suis d'accord avec ceux qui disent que l'architecture influe sur le comportement des hommes et Londres est une ville riche en modernité avec des hommes et des femmes modernes ... En France, ce genre d'exercice est rendu difficile grâce à (à cause de) la loi des Abords de 1943 et une opinion publique souvent virulente ...

Pourquoi cette histoire d'échelle et d'Abords ?

En ce moment, un mouvement condamne le futur musée Albert Kanh qui sera réalisé par l'architecte japonais Kengo Kuma ... Il est évident que l'échelle du jardin (qui n'est pas protégé MH) en sera perturbée ... Certes ... Mais contester ce projet culturel et architectural n'est-il pas une absence de confiance et une opposition systématique à tout projet ?
Ne voyez pas en moi un suppôt du CG 92, je pense d'ailleurs être un des premiers à avoir condamné ouvertement la restitution des parterres du parc de Sceaux ... Mais Le parisien  et le défenseur des jardins historiques que je suis, regrette la ville figée dans laquelle il vit... A vouloir garder notre échelle que gagnons nous ? que perdons nous ? Regardez Matignon, mon cher Matignon ! ... Dans les années 1910/1920, la Citée Varenne a complètement perturbée l'échelle d'un des plus beaux et plus prestigieux monuments historiques de France .... Est-ce vraiment gênant ?

mercredi 9 mai 2012

Matignon, c’est aussi une histoire de Marquise …

Quand, de la terrasse qui borde de bout en bout la façade sud de l'hôtel, le regard plonge vers la fuite des arbres ouatés par la brume d'automne, l'impression d'immensité, d'étendue sans fin est saisissante. Sans effort d'imagination, on se croirait à 20 lieues de Paris.
(R.C,  La future résidence des présidents du conseil,  L’illustration du 24 novembre 1934)


L'Hôtel de Matignon de 1746 à 1945

Le Bon Jardinier - 1947


Le Parc de l'Hôtel de matignon aujourd'hui - La Grande Pelouse puis le Tapis Vert et son alignement taillé en Marquise

Dans le parc de l’Hôtel de Matignon il y a ce qu’on appelle le "Tapis Vert". Ce tapis vert est bordé d’un double alignement taillé en Marquise. Son histoire est très intéressante. Si l’hôtel sort de terre en 1720, l’alignement devrait voir le jour vers 1739. Il s’est maintenu depuis. Nous voyons que sur les plans de 1746 et 1811, il rejoint la rue de Babylone (haut du plan) L’axe sera certainement fermé après 1852 date d’acquisition du lieu par le duc de Galliera. De 1739 à 1905, il est fort probable que l’alignement est en port libre … Comment cet alignement est-il passé d’un port libre à une forme en  Marquise ??? … c'est presque 100 ans d'histoire ... à suivre

lundi 28 janvier 2013

Le Baiser de Rodin ...

L'amour qui si vite s'empare d'un cœur tendre, éprit celui-ci du beau corps qui m'a été enlevé ; souvenir qui m'est encore pénible. L'amour qui ne permet point à l'aimé de ne pas aimer, m'éprit pour celui-ci d'une passion si forte que maintenant même, comme tu le vois, elle ne m'abandonne point. L'amour nous conduisit à une même mort
(Dante, La Divine Comédie, 1307)

Le Baiser de Rodin à Matignon
Le même Baiser de Rodin aux Tuileries
Il arrive régulièrement que l'on demande au jardinier s'il a une plante préférée dans son jardin ... un arbre ? un rosier ? etc ... Quand j'étais à Matignon j'avais un préféré ...il était en bronze ...  "Le Baiser" ... de Rodin .... installé bien tardivement cette sculpture de Rodin s'était largement imposée dans le parc ... J'avais un plaisir égoïste à être pour ainsi dire le seul à en profiter, pouvoir le toucher, le nettoyer, le caresser, ... Mais un jour "ils" l'ont emmené... 
Le Premier Ministre a donné son accord de principe au transfert au Jardin des Tuileries du bronze " Le Baiser " de Rodin déposé depuis 1980 dans le parc de l’Hôtel Matignon, afin que le grand public puisse profiter de cette oeuvre majeure du plus célèbre sculpteur français. Cette oeuvre provenant des MNR (Musées Nationaux Récupérations : œuvres récupérées en Allemagne après la seconde guerre mondiale), son installation aux Tuileries pourrait, en outre, permettre plus  facilement à ses éventuels propriétaires de la retrouver et de se faire reconnaître leurs droits légitimes, dans le cas où elle aurait été l’objet d’une spoliation.
(Communiqué du ministère de la culture et de la communicationMise en place de sculptures du 20 e siècle  dans le Jardin des Tuileries, 1998 )

La cause était juste ... c'est évident .... et c'est évident qu'il est bien mieux aux Tuileries, visible par tous ...  Mais à Matignon ce "Baiser" avait quelque chose de mystérieux, de désespéré, de terrifiant tellement passionné ... Aux Tuileries, redevenant une pièce de musée, isolé au milieu de ce courant d'air, le Baiser me parait moins ... Dantesque ...

mercredi 28 novembre 2012

Plantouilles corsicus ...

Avec 131 végétaux strictement endémiques, la flore vasculaire de la Corse présente une originalité remarquable. Néanmoins, elle offre de nettes affinités avec celle de la Sardaigne (…)La flore endémique de la Corse comprend 296 taxons : les taxons endémiques strictement corses sont au nombre de 131 ; les corso-sardes sont 75 (auxquels on peut ajouter 14 corso-sardes/archipel toscan) les baléaro-corso-sardes 11 les autres endémiques (Corse-Sardaigne-Italie, Corse-Pyrénées. Corse Alpes. Corse-Sierra Nevada...) 65. (…)Selon cette étude, la répartition de cette flore endémique dans les étages de végétation (certaines espèces endémiques sont présentes dans plusieurs étages) montre une richesse maximale à l'étage montagnard (154 taxons présents), suivi, dans l'ordre, par les étages supraméditerranéen (141), mésoméditerranéen (115) et subalpin (98). Par contre, la comparaison, pour chaque étage, du nombre d'endémiques avec le nombre total de taxons présents à l'étage montre la très grande richesse relative en endémiques des étages alpin (43,97 %) et cryo-oroméditerranéen (47,4 %), dont presque la moitié des taxons présents sont des endémiques (mais la flore y est pauvre en nombre de taxons). L'étage mésoméditerranéen, dont la flore comporte, il est vrai, plus de 1 500 taxons, n'offre modestement que 6,31 % d'endémiques.

(Jacques Gamisans et Jean-François Marzochi, La Flore endémique Corse, 1996)


1)  Helleborus argutifolius,  Hellébore de Corse  --  2)  Paeonia mascula , Pivoine corse  --  3)  Euphorbia hyberna ,  Euphorbe insulaire --  ( photographies :  La Flore endémique Corse, 1996)


Le casgile familial et pins de Corse (Pinus laricio) dans les montagnes du Niolo.
J’en reviens aux plantes préférées … OUI,  j’avoue que j’ai un faible pour certaines plantes, … je vous fais une liste bien significative … dans l’ordre je dirais … le Pin de Corse, l’Hellébore de Corse, l’Euphorbe de Corse, la Pivoine Corse et la Menthe de Corse… sans être grand psy vous devinez un léger problème régionaliste… Ces cinq plantes sont de chez moi … Ce "chez moi" se situe chez elles ...  là haut dans les montagnes du Niolo  … la menthe est fabuleuse, on la repère une fois piétinée … vous êtres enveloppé, contaminé par le parfum …une vraie drogue ...  … la pivoine  corse c’est le Graal …
Quand j’étais encore un vrai jardinier, c'est-à-dire avec un jardin, j’en ramenais de là-bas (ce n'est pas bien) et les plantais dans "mon" jardin (sauf la pivoine qui est quasi introuvable et heureusement protégée)… Un jour, j’avais sous le bras une hellébore et une euphorbe (helleborus corsicus et Euphorbia hyberna) Un vieux monsieur m’interpelle étonné "Mais qu’est-ce que tu fais avec ça ?" (il faut dire que là haut, c’est un peu les "mauvaises herbes" des sentiers) je vais les planter à Matignon … « A MATIGNON ??? » tu vas mettre ça à Matignon ??? S’ensuivit une série onomatopées dont on a le secret en Corse, du genre "oun bah ! pô pô pô ! é bèh ! … Tù sì scemu" … Ça aussi (l’euphorbe) tu la plantes à Matignon …?  je répondais un peu mollement "bah oui, peut être""tu sais, cette plante", me dit-il, "on s’en servait pour protéger les fromages contre les mouches" (la hantise du berger) "elles sont répulsives" … "elle était cultivée ? Parce que je l'ai trouvée près du casgile de mon grand père"  Il ne savait pas … dommage… je suis retourné voir … mieux voir. Ce casgile, une salle fraiche où l'on entrepose les fromages,  n’est pas isolé, le terrain autour est aménagé en  terrasses, il est au bord d’une rivière … on y trouve une concentration d’euphorbes... Je sillonne autour du terrain et là plus rien. Je me suis dit "c'est curieux, il faut étudier ça", malheureusement je n’ai pas encore gratté… mais un berger qui produit plusieurs dizaines de fromages par jour irait-il courir la montagne pour chercher une plante qu’il utilise tous les jours et de surcroit vitale pour son économie  … ? Cultivée ?? Favorisée ??  Ce n'est pas impossible ….   (la flore présentée ici apportera un début de réponse :  Cette euphorbe se comporte comme une nitrophile et constitue souvent des populations importantes et denses dans les clairières des forêts et près des bergeries (700 -  2 000 m).

Jacques Gamisans et Jean-François Marzochi, La Flore endémique Corse, 1996