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mercredi 21 septembre 2022

Quel con ce héron !!! ...

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

(Jean de la Fontaine, 1668)

Héron sur les bords de la Marne

Voici presque  25 ans que j'ai quitté Matignon et l'envie de raconter des secrets d'Etat me démange ... 

L'histoire qui suit se déroule après le décès de la propriétaire de l’Hôtel de Castries, situé rue de Varennes, qui fut acheté par L'Etat en viager. L'hôtesse des lieux avait demandé que les animaux du jardin soient conservés... une histoire assez courante ... Il s'agissait ici de 2 ou 3 canards et de quelques poissons rouges dans le bassin. 

Tout se passait pour le mieux jusqu'au jour où survient un héron à jeun qui cherchait aventure. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour repérer les poissons, se posa et les avala avant qu'un menuisier de Matignon qui traversait le jardin puisse intervenir ... 

- Mince dit-il !!! 

Par le plus grand des hasards, je passais par là avec le responsable des immeubles de Matignon. Le menuisier raconte son histoire ! le fonctionnaire responsable cogite nerveusement, on devine aisément ce qu'il se raconte, qu'il va falloir prévenir au-dessus...  que  l'Etat a failli à ses engagements et qu'il va probablement se faire engueuler !! 

Tout à coup il sort de ses sombres pensées et nous dit avec rage ! 

"Mais quel con ce héron !!!" ...

dimanche 20 novembre 2016

Histoire d'une cuite phénoménale...

Quant aux parcs anglais qui entourent les maisons d’aujourd’hui, il vaut mieux ne pas en parler. Un homme illustre d’Angleterre disait à son roi, au moment où l’on commençait à faire ces nouveaux parcs : "Sire, vos jardins sont extrêmement faciles à faire, il suffit de saouler le jardinier et de le suivre". Le lecteur comprendra en voyant dans ce livre les belles reproductions des vieux jardins de France que les paroles de cet illustre Anglais n’étaient pas une boutade.
(Prosper Péan, Jardins de France, 1925)


Je ne sais pas d'où vient cette sale histoire qui associe jardinier et alcoolisme... moi qui vous parle, je ne peux boire un verre de vin sans m'armer de Maalox pour la nuit ... En revanche, la plus belle cuite du XXe siècle revient probablement à un jardinier que j'ai bien connu. Pour des raisons évidentes, je change le nom de notre champion et je l'appellerai " Nestor" ... ne serait-ce que pour rendre hommage au Tonton Nestor de Brassens "Tonton Nestor vous eûtes tort " ... vous remettez ? 

... et bien notre Nestor a bien eu tort en ce mois de juin 1982 ... C'est la Garden Party de Matignon, 4 à 5000 personnes sont sur les pelouses de l'Hôtel de Matignon, Pierre Mauroy est premier ministre, il a tenu à ce que tout le personnel de Matignon soit invité. 

Notre Nestor est jardinier à Matignon depuis les années 1950, il est le plus ancien, nous l'appelons "pépé", je l'aime beaucoup et je ne suis pas le seul ... tout le monde aime Nestor, c'est un jardinier avec des origines maraichères qui retourne le champs des autres toujours bêchant toujours bêchant ... C'est un brave gars, une tête de paysan à la Fernandel avec un rendement qui ferait pâlir bien des jardiniers d'aujourd'hui. Je me souviens de lui au bêchage, c'était très impressionnant, il distançait ses collègues d'une bonne vingtaine de mètres et pourtant, il était toujours à l'arrêt, debout, cigarette au bec, surveillant tel un mirador les alentours. 

Il fait très chaud en ce mois de juin 1982, les stands, dont un stand antillais, se sont installés sur la Grande Pelouse, notre Nestor est en "habit du dimanche" et nous écoutons Pierre Mauroy finir son discours avec un mot aimable pour les jardiniers et la qualité du parc !!! Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, certains témoins accuseront le Punch que notre ami aurait découvert ce jour là au stand antillais ... Je le revois sur la pelouse, un peu guilleret et débraillé, la chemise ouverte sur un "Marcel" à trou en se grattant le ventre et regardant lentement de gauche à droite ... on le repère... un gendarme qui le connaît bien s'en occupe avec l'idée de lui éviter des ennuis ... 

Le gendarme s'y prend avec douceur, lui propose d'aller boire un verre au poste, Nestor le suit en rigolant... le public ne s'y trompe pas, le spectacle commence !!! Mais ça se passe bien, tous les deux s'éloignent tranquillement ... On pense l'affaire terminée quand, sans savoir pourquoi, l'alcool devient tout à coup mauvais et impose à Nestor de faire demi-tour brutalement !!! Il rentre dans le vestiaire des jardiniers, le son de la voix augmente, ressort à nouveau et là ce n'est plus un gendarme mais quatre ou cinq qui l'entourent cherchant à le diriger vers la sortie ... ça ne marche pas, Nestor commence à hurler, critique la Garden party, la Gauche et probablement le Premier ministre. Les gendarmes du coup le ceinturent, le ramènent dans le vestiaire et l'immobilisent non sans mal... Le public de la Garden assiste un peu effaré à ce spectacle assez dégradant mais avec une grande discrétion. Il faudra 2 piqures de Valium pour calmer notre "pépé" et il sera finalement raccompagné chez lui. Bien sûr, ce fût un scandale, un vrai!!! et les propos sur le Premier ministre n'étaient pas passés inaperçus. Le chef de cabinet de Pierre Mauroy voulut en avoir la confirmation, on ne pouvait, avec raison, laisser passer un tel comportement. Mais, confronté à une divine omerta,  il ne trouva aucun gendarme, ni jardinier ou autres témoins de la scène se rappelant les propos de Nestor.

Guillot - Le parc de Matignon vu du perron après 1950 - détail - jardiniers bêchant dans les massifs d'arbustes, parmi eux "Nestor"

samedi 15 octobre 2016

Le jardinier assis ...

Eh oui, maintenant tout est fini. Jusqu'à maintenant le jardinier a bêché, creusé, pioché, bouleversé, fumé, chaulé, répandu sur la terre de la tourbe, de la cendre et de la suie, taillé, semé, planté, repiqué, divisé, enterré des oignons et déterré des bulbes pour l'hiver, humecté et arrosé, fauché, sarclé, couvert les plantes de branchages ou courbé celles-ci vers le sol; il a fait tout cela de février à décembre, et ce n'est que maintenant, après que la neige a recouvert son jardin, qu'il prend conscience d'avoir oublié quelque chose: c'est de le regarder.
(Karel Čapek, L’année du jardinier, 1929).
Champs  - Parc du Château de Champs - Le Rond-Point Lavallière - Edition Bazerque (Carte Postale avant 1907, détail)
J'aime beaucoup cette photographie représentant un jardinier assis ... Généralement, le jardinier est représenté (dans le meilleur des cas) en action avec ses outils. Ici, il regarde son jardin suivant les conseils de Karel Čapek ...  Ou  bien pense t-il à sa maitresse ? ses impôts impayés ? Sa prochaine intervention pour le Master 2 jardins Historiques ?  Ou peut être finalement, s'impatiente t-il de cette mascarade de photographie ... je ne sais pas ! 
Surtout, je ne sais pas qui il est ... pourquoi cette interrogation ? En regardant bien, on s'aperçoit qu'il à mis son tablier sur sa veste !!!  Or, le tablier se met (généralement) sous la veste, bien plus pratique, notamment pour enlever la veste en question, mettre ses mains dans les poches etc .... Alors, est-il vraiment jardinier ? N'est-il que l'assistant du photographe ?  Je ne sais pas ... Du coup,  je suis bien incapable d'imaginer ses pensées ...  
Parc de l'Hôtel de Matignon - Jardinier assis sur une pelouse - Avant 2000
Autres chose ... Pourquoi aimer une photographie représentant un jardinier assis ? Parce que je pense comme Karel Čapek qu'il est primordial de regarder et de penser son jardin ? Que le premier outil d'un travailleur manuel est son cerveau ? Ou bien parce que la seule photo de moi en bleu de travail dans un jardin me représente assis, le regard au loin, méditant sur l'avenir de mon jardin ? Allez savoir ....

Afficher l'image d'origine

 

samedi 8 octobre 2016

Une histoire de Matignon : Vie et mort d'un arbre exemplaire ....

Il vivait en dehors des chemins forestiers,
Ce n'était nullement un arbre de métier,
Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron,
Ce grand chêne fier sur son tronc
(Georges Brassens, Le Grand Chêne, 1966)

#linstantparisien,  Hôtel de Matignon sur instagram
En parcourant Instagram, je tombe sur ce cliché de Matignon, quelque chose me choque et me turlupine dans ce point de vue inhabituel ... Horreur !!! "ils" ont abattu mon  vieil ami le Negundo (Acer negundo). Comment ont-ils pu abattre la star incontestée de ce lieu prestigieux ?  ... Ahhhh  criminels ! ....  Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! ...
Bon ! essayons de relativiser ! et me rappeler toutefois qu'il n'était plus tout jeune notre ami le negundo...


Eugène Atget, Ambassade d'Autriche-Hongrie (Hôtel de Matignon) 1905
Ce negundo a dû être planté en 1879, date des derniers travaux par Galliera dans l'Hôtel. Sur la photo d'Atget de 1905, il aurait donc 26 ans. A cette époque, il ne marque pas vraiment le paysage et est très nettement dominé par la star de l'époque qui est ce Robinier se détachant dans le ciel blanc du cliché. 
 Achille Duchêne (1907-1908) (Fonds Michel Duchêne)
Sur le cliché de notre vénérable maitre Achille Duchêne, le negundo se porte à merveille et s'impose un peu plus, il parait plus grand et on a relevé les branches basses laissant passer ainsi le regard ...


Hôtel de Matignon,  1920 ( le negundo à l'extrême gauche du cliché)

(Entre nous, c'est un cliché exceptionnel que je vous livre là et (pour les initiés) vous noterez le vase en bas à droite figurant sur le Plan du jardin pour réception de l’Ambassade d’Autriche à Paris – 1911 (La vie à la campagne 15 mars 1911) 


Hôtel de Matignon,  L'Acer negundo, 1920
(Remarquez le mouvement du tronc central vers la gauche)
Après la 1ère guerre mondiale, Le negundo commence à subir la concurrence des arbres situés à l'arrière dans le bosquet ...

Hôtel de Matignon - 1949
Après la seconde guerre mondiale en 1949, photographie bien intéressante du parc où les bosquets ont disparu changeant complètement l'organisation du jardin. Le negundo ne se distingue plus réellement des autres arbres plantés sur pelouse.


 Simon Guillot, Hôtel de Matignon, 1958
Et voilà !!! en 1958, on a restauré les bosquets et l'alignement de tilleuls, l'image du parc de Matignon est là... Le negundo a pris  la forme définitive de cet arbre comme penché sur un miroir d'eau... ce qui tombe bien, j'ai toujours pensé qu'Achille Duchêne avait voulu symboliser un plan d'eau en épurant cette Grande Pelouse...
Hôtel de Matignon vers 1958-60

Hôtel de Matignon vers 1958-60
(Remarquez devant le Robinier un petit Pin noir d'Autriche planté vers 1890-1900 et qui n'a absolument pas prospéré)
Belle époque pour notre ami qui reçoit sous son houppier les hôtes du lieu... on remarquera que le robinier commence sérieusement à s'affaiblir ....
Hôtel  de Matignon vers 1962-68
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 1995
Il penche de plus en plus et tellement, que les jardiniers installeront dans les années 1962/68 des étais qui seront garnis d'un rosier qu'on appellera le "Rosier Pompidou" alors premier ministre. Raymond Barre y fera installer un banc ... Le Robinier a disparu laissant la place à un Cèdre de l'Atlas (qui sera balayé, dieu soit loué, par la tempête de 1999) et un Chêne de Hongrie (Quercus frainetto) 
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 2014
Je l'ai vu la dernière fois en juin 2014, lors de Rendez-vous aux jardins. Il m'a confié alors qu'il était très fatigué, las de cette vie publique " j'ai connu et enterré tellement de premiers ministres, passé 2 guerres mondiales, le Front populaire et les accords de Matignon ... j'ai perdu tellement d'amis ... et puis regarde moi !!! je ne ressemble plus à rien avec mes feuilles jaunes, je ne digère plus ce foutu calcaire ..." 
Cl. annéedujardinier et #Linstantparisien
Avant et aujourd'hui ... et deux approches bien différentes.

Aujourd'hui je suis triste ...Vraiment !!! Mais je comprends les jardiniers, il fallait prendre une décision, passer à autre chose ... N'ai-je pas en mon temps abattu le vénérable Robinier ?


Carte postale - Ambassade d'Autriche-Hongrie - vers 1908-1914
Le Robinier de Matignon, il sera abattu vers 1980

mercredi 30 décembre 2015

Deux ou trois choses que je sais d'elle ... Ep. 10 : Le temps est assassin ...

Gardons-nous donc, dans nos jardins, de n'être que naturels, soyons aussi un peu poétiques; associons l'ordre à la liberté, sinon c'en est fait de notre indépendance, et nous verrons bientôt peut-être une contre-révolution fougueuse, aveugle, exclusive à son tour, bouleverser ces gracieuses imitations de la nature, pour leur substituer les monotones et fastidieuses prisons du vieux jardin symétrique.
(Ludovic Vitet, De la théorie des jardins,1828)

Plan général du Domaine de Champs appartenant à Mr le Comte Cahen D'Anvers - Soyer géomètre 1899
Etat Louis Cahen D'Anvers - Soyer, géomètre - 1899(détail) 
IGN 1923 Etat Intermédiaire
IGN 1933 Etat Charles Cahen D'Anvers
Les hommes, le temps passé, les éléments s'acharnent sur Champs ... Si le temps passé et les éléments sont choses normales, un tel acharnement des hommes à vouloir changer le sens d' un jardin est assez rare ... Le jardin a  survécu, c'est déjà ça ...
En 1899, Louis Cahen D'Anvers fait dresser le plan dit Soyer ...On voit sur cet immense plan terrier que le projet des Duchêne est grosso modo en place ... 
Une photographie aérienne de 1923, sortie il y a peu de temps des trésors de l'IGN, confirme la réalisation du plan projet des Duchêne. Cette photo montre un premier appauvrissement du jardin : La vue vers l'ouest est fermée. On y voit très bien le bourrage forestier...

Ce qui disparait avec le temps ; 1- Ouverture vers l'est (après 1923). 2- Tennis (1933). 3- Axe transversal Duchêne (après 1923). 4- Prairie et lisière (à partir de 1935). 5-Groupe d'arbres (à partir de 1935)
Evolution Bosquet ouest privilgiant la vue vers l'Orangerie : Vert, l'ancien bosquet paysager. rouge, le bourrage forestier des Duchêne. Bleu le bourrage faisant fermeture (J maison du jardinier)
Pourquoi a t'on fermé cette vue ? je ne sais pas vraiment, je ne peux que supposer ... Je suppose donc que Destailleur, qui a évincé les Duchêne, finira par affirmer son style ... Il ferme la vue de l'axe principal en prolongeant "la grande percée principale jusqu'au rond-point touchant la Marne, avec le groupe des chevaux des Bains d'Apollon que je fis exécuter par Wissaux" il transforme les parterres de Diane et Appolon et construit la nouvelle Orangerie
Cette Orangerie, il cherchera à la mettre en scène ... supprimer la seconde ouverture faisant concurrence avec son œuvre est la solution évidente et de son point de vue il a entièrement raison. 
 
L'orangerie depuis Appolon - carte postale non datée
Vue sur l'Orangerie de Destailleur depuis le château
Cl. Gustave William Lemaire 1908-1910. L'axe est fermé par Destailleur.
Destailleur a pafaitement raison de son point de vue disais-je ... Du point de vue du jardin c'est loin d'être le cas .... La série d'ouvertures vers le jardin paysager sera supprimée à partir de 1902 après la mort d'Henri Duchêne " Monsieur Duchêne mourait à la fin des travaux et Monsieur Cahen d'Anvers, se gardant d'appeler son fils, me chargea de la grande percée principale ..." L'histoire est l'histoire et on la respecte ... Certes! N'empêche qu'on assiste ici à une petite catastrophe paysagère ... En supprimant les articulations avec l'ancien jardin, le projet Duchêne est ici balayé par Destailleur (et le propriétaire), le jardin se ferme et se réduit à n'être qu'un jardin à la française...
A l'exception de la terrasse, l''esprit du projet des Duchêne disparaitra après les années 1925. Est-ce par souci de symétrie et d'équilibre, la seconde fenêtre (vers l'est 1 ci-dessous) sera fermée pendant cette période ... Plus tard, vers 1930-33, la magnifique palissade du tennis (2 ci-dessous) sera transformée par un théâtre de verdure ... Le jardin ouvert se ferme  définitivement, le jardin aux détails subtils devient banal ...
Evolution Bosquet Est : Fermeture de la vue vers l'Est, suppression de la palissade du tennis
De 1933 à 1987 le jardin paysager, non géré, étouffera sous une végétation indigène non contrôlée (voir "La lutte du Vide contre le Plein à Champs-sur-Marne" 17 janvier 2012 sur ce blog) ... Ce ne sont ni le temps ni les éléments qui ont souillé Champs mais des intervenants ignares et butés dans leur certitude que le jardin paysager n'est qu'un sous-jardin, que Champs doit être "à la française" bref ! comme on entend hélas encore aujourd'hui : "Le paysager n'a rien à faire ici" ...
Je ne suis pas restitutioniste, vous le savez si vous me lisez... En revanche, je suis pour redonner une cohérence et un sens aux jardins appauvris ... et ici, à Champs, remettre le jardin paysager en scène me parait être un objectif tout à fait louable ... 
Plan Mariette, Dessin Henri Duchêne et projet Henri Duchêne avec représentation des parterres de Flore et Bacchus (flèches jaunes). Ils sont absent du le Plan Soyer de 1899.
Flèches rouges : emplacement des futurs parterres dit "Art Déco".
IGN 1923 et 1933 C.A.F 1919 -1929 en jaune les parterres de Flore de Bacchus, en rouge les petit parterres dit "Art déco" 
Et puis il y a ce parterre dit "Art déco" attribué à Achille Duchêne qui aurait été réalisé, selon l'histoire officielle avant 1910 et qui me faisait hurler au génie sur ce blog !!! En fait, je me suis fait avoir comme un bleu par une photographie mal datée en 1910, éditée sur un ouvrage collectif consacré aux Duchêne ... j'aurai dû m'en douter ... Parfois on fait confiance ... à tort. J'aurai dû également réfléchir un peu ... un photographie aérienne en oblique en 1910 aussi parfaite il y avait de quoi crier à l'imposture .... je sais maintenant que cette photo est de 1934 et de la Compagnie aérienne française qui naquit en ... 1919 !
Cl. Compagnie aérienne française - Champs : Vue aérienne du parterre de broderie - 1934 (Parut dans Beaux jardins de France d'Ernest de Ganay en 1950 puis dans un ouvrage collectif en 1998 où elle est datée de 1910)

Ce petit parterre apparaît, preuves à l'appuie cette fois, entre 1923 et 1929 ... Même si cela reste un beau geste ... il est dans le ton de l'époque ... Dois-je renier cet article sur les Duchêne et l'Art déco où je criais au génie d'Achille Duchêne ? Pas sûr !!! Pas sûr ...Parce qu'il y a deux autres parterres de part et d'autre du château, dont on ne parle jamais et qui se nomment Flore et Bacchus .... ils sont présents sur le plan Mariette et sur le projet Duchêne. Sur la photo oblique de 1919, le dessin cubiste est déjà en place, la statue de Flore est visible sur la photo de 1902 montrant l'état Duchêne ...
Le parterre de Flore en 1919 et 1929
Statue de Flore - 1902
On notera également les similitudes (dans cet exercice casse-gueule de comparaison) entre le projet de parterre de Chambord et le dessin de Champs. Duchêne a t'il ici reproduit un modèle Renaissance épuré ??? 

Comparaison du dessin du parterre de Flore et de celui du projet de parterres pour Chambord 1915
Bref ! Ce dessin est-il des Duchêne ? de 1895 ?? (et là il n'y a pas de mot pour exprimer le génie précurseur) Est-ce de Destailleur (et là il faut sérieusement étudier le bonhomme) ou bien est-ce l'œuvre d'un inconnu génial, d'un jardinier inspiré voire du propriétaire... Encore une fois , je ne sais pas ...
Petit parterre dit "Art Déco"  et parterre de Bacchus aujourd'hui
Vous avez probablement remarqué que le parterre de broderies n'est pas représenté sur le plan Soyer !!! n'était il pas terminé en 1899 ? possible ! Ce n'était quand même pas une mince affaire que de reconstituer ce jardin... Les photographies IGN nous apprennent que les travaux de Champs contrairement à l'histoire racontée ailleurs se termineront dans les années 1930.
La découverte récente de ces photographies aériennes de 1919 et de 1923 nous révèlent une fois de plus qu'un jardin ne se fait pas en une année ... Les plans datés et l'histoire des jardins en général figent le temps. On aura tendance à dire que Champs est restauré en 1895 sans préciser que la restauration se termine 40 ans plus tard ... Ainsi le parc de Matignon, daté de 1722 s'achèvera en 1744 ... Les jardins de Versailles sont réalisés à l'occasion des trois fêtes de 1664-1668-1674 ...  Pourtant les travaux dureront après Le Notre et Louis XIV et durent encore aujourd'hui...  On peut également s'interroger sur l'état des jardins de Vaux-le-Vicomte créé en 1658 lors de la fameuse fête de 1661...  ou encore sur l'état de la Malmaison en 1814 à la mort de Joséphine ... Bref ! Combien d'années faut il pour planter un jardin ??? Un jardin, et nous le voyons ici à Champs, est en perpétuel mouvement ... 
A Suivre ... 

dimanche 12 avril 2015

Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires ...

Imitant Courteline, un sceptique notoire,
Manifestant ainsi que l'on me désabuse,
J'ai des velléités d'arpenter les trottoirs
Avec cette devise écrite à mon gibus :
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire,
Les bons récompensés et les méchants punis,
Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire,
Et l'huile consacrée comme le pain bénit,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Et la bonne aventure et l'art divinatoire,
Les cartes, les tarots, les lignes de la main,
La clé des songes, le pendule oscillatoire,
Les astres indiquant ce que sera demain,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les preuves à l'appui, les preuves péremptoires,
Témoins dignes de foi, metteurs de mains au feu,
Et le respect de l'homme à l'interrogatoire,
Et les vérités vraies, les spontanés aveux,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Le bagne, l'échafaud entre autres exutoires,
Et l'efficacité de la peine de mort,
Le criminel saisi d'un zèle expiatoire,
Qui bat sa coulpe bourrelé par le remords,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Sur les tombeaux les oraisons déclamatoires,
Les "C'était un bon fils, bon père, bon mari",
"Le meilleur d'entre nous et le plus méritoire",
"Un saint homme, un coeur d'or, un bel et noble esprit",
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les "saint-Jean Bouche d'or", les charmeurs d'auditoire,
Les placements de sentiments de tout repos,
Et les billevesées de tous les répertoires,
Et les morts pour que naisse un avenir plus beau,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Mais j'envie les pauvres d'esprit pouvant y croire.
(Georges Brassens, Le Sceptique,  Non enregistré par GB)

Hôtel de Monaco (Matignon) -Jean-Eugène Durand - Janvier 1890

Hôtel de Matignon vers 1904 -1906 _  Portique XVIIIe siècle dans les jardins de l'Ambassade d'Autriche-Hongrie à Paris - M Duchêne, Architecte Paysagiste - Restauré par les établissements Tricotel
Notez les vases ...
Achille Duchêne, ambassade d'Autriche-Hongrie, le portique de treillage, négatif sur verre, 1907?
(Jean-Christophe Molinier - Jardin de ville privés 1890 1930 - 1991)
Cette photographie me semble (avec un doute raisonnable) plus tardive que celle de Tricotel (haie,  topiaires, lierre, vases cassées)
Je suis comme Brassens ... Sceptique, comme lui,"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... de jardins que l'on nous raconte depuis bien trop longtemps maintenant ... 

"Les roses de Joséphine, les Cèdres de Buffon et celui de Marengo...Les jardins de Le Nôtre, les jardins disparus de Blaikie, les parterres et les treillages d'Achille Duchêne" ... et j'en passe... 

Si, un jour, vous allez à Matignon comme Premier ministre ou comme simple visiteur, on vous racontera que ce magnifique portique en treillage (appelé bizarrement Gloriette) a été, comme le Salon de Madame de Champs-sur-Marne, dessiné par Achille Duchêne ... Je pourrais enfin faire taire cette ânerie et rétablir La vérité historique ... Mais, vous ralliant à ma cause, je vous entends déjà dire avec raison..."Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... Alors, je ne vous dirai rien et surtout pas qu'en 1890, le petit Achille jouait encore au cerceau et n'avait encore rien signé ... 

Bien évidemment, on peut se poser  la question ... Pourquoi est-ce important d'attribuer ??? pas de nom pas de valeur ?? je comprends pour un tableau (et encore) mais pour un jardin ? Tentez l'expérience "Vous faites une affaire, ce jardin est de Jean-Marie Morel, dans 5 ans, il vaudra le double"  Bide assuré  ...

Pourquoi est-ce important de mal attribuer un jardin ??? "Probablement de Le Nôtre" ... dira trucmuche ..." et probablement de Duchêne"  enchaînera schtroumpfbidule
Achille Duchêne ? Le pauvre !!! il est le champion malheureux de la catégorie ... on lui attribue tout ... Même des photographies aériennes de 1908  ... Fortiche!
Un jour, exprimant un doute sur une attribution, on osa me répondre un imparable "Rien  dans les archives nous affirme que ce n'est pas de Duchêne" ... 

Bon, on ne va pas s'éterniser la-dessus  ... les pauvres d'esprit peuvent croire ce qu'ils veulent et même attribuer les jardins du Tadjikistan à André Le Nôtre, entre nous, je m'en fiche un peu ...  Seul le devenir des jardins est important...

Le Salon de Madame,  Champs-sur-Marne - Photographie Jean Gourbeix :  Parc, côté est : Bosquet des Dames avec quatre bustes féminins sur piédestal

lundi 1 septembre 2014

Histoires d'amour d'un polyhortus-lover ...

Un jardin beau, c'est un jardin aimé ...
(Stéphanie de Courtois, Entrevue à la Cité de l'architecture et du patrimoine, 2011)
Parc de L'Hôtel de Matignon - Charles Lansiaux -1904

Parc de Champs
Elle a bien raison mon amie Stéphanie ... les jardins sont faits pour être aimés. C'est  fou ces histoires d'amour entre le jardinier et son jardin ... Je vous en avais parlé, lors de la tempête de 1999, j'ai vu un jardinier mourir de chagrin, c'était terrible.  En écoutant Stéphanie, je me demande si je ne suis l'homme que d'un seul jardin ou bien ne suis-je qu'un infâme polyhortus-lover ???
La réponse est facile puisque déjà deux jardins (qui hantent ce blog) me viennent tout de suite à l'esprit ... alors je fouille dans ma mémoire pour touver un jardin que j'aurais aimé sans (la notion est importante) moi-même le jardiner ... une sorte d'amour non déclaré à la japonaise...  Je les passe en revue comme on compte les moutons ...  Celui-là ??? bof!  Celui-ci ??? bof ! etc etc. ... Et la horreur !!! je n'en aime aucun ... même les deux cités plus haut je m'en fous, ils peuvent faire des parkings et des centres commerciaux à la place ... Je me fiche des jardins, je me fiche des jardiniers et de leurs plantouilles  .... je hurle même ... ARRÊTEZ DE ME PARLER DES JARDINS, C'EST DE LA M... !!!! 

Et là, bien sur je me réveille en sueur ... 

Histoire d'amour nostalgique ...
Square René Le Gall - Paris
Histoire d'amour  bienveillante ...
Parc de Digoine -  Saône-et-Loire
Histoire d'amour non consommée ...
Parc de Méréville - Essonne
Coup de foudre intense ...
Parc de Vaux - Aube
Coup de foudre très intense ...
Les jardins de Bussy-Fontaine - Maine-et-Loire

Histoire d'amour "Pygmalienne"
Les Bordes - Allier

Histoire d'amour compliquée
Parc de Trianon à Versailles - Yvelines

Etc. ...