lundi 6 janvier 2014

Au pays de la Grosse Mignonne hâtive ...

« La Quintinie vint ensuite, trouvant la pêche à la tête des fruits digne de la table royale, mais tout directeur des jardins de Versailles qu'il était en 1670, ignorant encore et la provenance et la culture des pêches exceptionnelles que les officiers de bouche allaient acheter à Paris pour la table de Louis XIV.
En qualité de jardinier gentilhomme, honoré de la confiance du Roi, la Quintinie ne pouvait admettre qu'on fit mieux que lui, sans lui et hors de chez lui...
Mais une grosse pêche inconnue, couleur grenat foncé, splendide de forme, succulente, — un vrai régal du roi! — ne cesse d'arriver à Versailles et l'empêche de dormir. Il essaye de la contrefaire, de l'obtenir; il cherche, tâtonne, invoque chaque jour un procédé, se creuse la tête, et Louis XIV lui demande un jour pourquoi ses jardins royaux ne donnent pas ce fruit merveilleux. 
... À force de chercher il (La Quintinie) finit par découvrir Montreuil le silencieux. 
Et bientôt après, grâce à des artifices, à des séductions à des promesses, Nicolas Pépin, jeune gars de Montreuil, qui devait être le chef d'une dynastie illustre en arboriculture, abandonne les jardins paternels, et s'en allait travailler dans les jardins de Versailles. 
Mais la Quintinie avait trop le sentiment de sa grandeur pour avoir l'air d'apprendre quelque chose aux leçons d'un simple croquant à ses gages. De son côté, Nicolas découvrit peut-être qu'on exploitait son savoir-faire, et qu'après avoir mangé le fruit on jetterait effrontément le noyau. Une brouille survint en effet, qui lui fit donner congé. La Quintinie chassa le simple travailleur, afin d'échapper à l'ombrage qu'il lui portait et garda la méthode du garçon congédié, mais la méthode incomplète. » 

(Hippolyte Langlois « Le livre de Montreuil-aux-Pêches : théorie et pratique de la culture de ses arbres », avec la collaboration des principaux arboriculteurs, Paris, 1875)

Par Arlette Auduc, Jean Bernard Vialles et Pascal Pistot - 1999

Photographie Jean Bernard Vialles - Palissage "à la Loque"

un extrait : 
Contrairement à la Quintinie, jardinier de Louis XIV à Versailles, qui utilise la taille courte, les Montreuillois pratiquent la taille longue et donnent à leurs arbres une forme en éventail dite aussi, au XVIII siècle, "forme à la Montreuil". L'opération suivante est celle de l'ébourgeonnement. Il s'agit d'ôter aux arbres les rameaux surnuméraires et de "discerner ceux qu'il est essentiel de conserver pour tenir l'arbre toujours plein et garni partout de branches fructueuses, de ravaler, de concentrer, pour ainsi dire, un arbre, afin de déterminer la sève à ne point s'emporter or c'est là ars artium. " (Schabol, 1785). Avant la maturation complète des fruits a lieu l'effeuillage, généralement à deux reprises, pour découvrir le fruit et permettre au soleil de terminer progressivement son œuvre. Enfin, la cueillette est une opération délicate, qui ne peut avoir lieu que lorsque la rosée a séché et que les fruits sont encore à l'ombre. C'est l'affaire des femmes et les ouvriers agricoles en sont exclus. Ces techniques dont les secrets sont jalousement gardés ne cessent de se perfectionner et atteignent un grand degré de sophistication avec le succès international des pêches de Montreuil. 
Le XIXe siècle voit se généraliser le tatouage des pêches : on fixe sur les fruits (avec de la bave d'escargot!) des dessins découpés dans du papier qui sert de cache et empêche le soleil de colorer le fruit au moment de sa maturation.

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